Chaque année les œuvres des étudiants du et de leurs mentors sont exposées dans la grande halle du Fresnoy au cours d’une exposition. Chaque année depuis 19 ans le Fresnoy nous offre un panorama exceptionnel sur les films, les photographies, les installations ou les sculptures … autant d'œuvres étonnantes que maitres et élèves ont réalisé de concert tout au long de l'année. Chaque Panorama est la vitrine de cette fabrique à artistes étonnants.

Une école du troisième type Axé sur l’image, l’image animée et le numérique ce qui devint bien vite LE FRESNOY reste un référent artistique de la jeune création au même titre que le Salon de Montrouge ou de Young Internationals Artistes (YIA) lors de la Fiac. Mais il est des Panorama comme des poteaux et des clôtures, lorsque le Fresnoy fête ses 20 ans il ouvre seulement la dix-neuvième édition de sa fameuse exposition panoramique.

Confié chaque année à un commissaire invité - le #18 à Laurent le Bon (du Musée Picasso) et la #20 à José-Manuel Goncalvès (du 104 Paris) - le Panorama #19 a été accompagné par Jean de Loisy (Palais de Tokyo) autour d’une thématique du Roman (l’élégance, la science, la violence!). Roman de la vie, roman de la création, roman de la jeunesse, c’est le tout récent lauréat du Prix Médicis 2017, Yannick Haenel (Tiens ferme ta couronne) professeur invité au Fresnoy, qui signe le catalogue de ce Panorama 19. Un texte comme le Roman d’une aventure de sa rencontre avec les jeunes gens du Fresnoy et de leur œuvres. Un roman du Fresnoy qui colle si bien à Alain Fleischer l’artiste co-fondateur de cette (presque) institution, cinéaste devenu écrivain et romancier grâce ou à cause de cette grande épopée pédagogique. Nous avons été nous aussi à la rencontre de cette jeunesse, comme pourrait l’être un consultant ou un enseignant du Fresnoy. Rencontre avec des artistes étudiants venus du monde entier. Rencontre qui va tenter de cartographier le panorama de ce que l’art nous promet pour demain.

Un Panorama 19 Tout d’abord, et avant de s’arrêter sur un nom, une nationalité, un médium, une forme ou un concept, établissons un rapide tour d’horizon sur ce qui est exposé sous la grande nef du Fresnoy. Entre autre, une pièce monolithique, mécanique et sonore (Hypergravitation - Mathias Isouard), un étrange manège shamano-numérique (Bagua - Junkai Chen), des photographies argentico-numériques en trois dimensions (Ne jamais faire un substantif - Baptiste Rabichon), une installation baroque avec de la VR (Institut du Monde Arabe - Tamar Hirschfeld), une sculpture de Réalité Augmentée (Blind Sculpture - Marie Lelouche), une lanterne magique 0,2.0 (Limen - Hideyuyi Ishibashi), des baignoires confessionnal (Les buveuses d’eau - Ina Mihalache), un robot lumineux (2136 Brumaire - Olivier Gain)et des films étranges à foison. Sculptures, installations, expérimentations, immersions, graphismes, photographies, sons, technologies, nouveaux médias cette nouvelle génération d’artistes nous emporte dans un flux de médiums. Car, et c’est peut-être ça la richesse du Fresnoy, c’est d’accompagner des acteurs de milieux, de pays et de cursus très différents. Et, si on lit l’entretient d’Alain Fleischer (ci après), l’aventure Fresnoy ne fait que commencer.

Des étudiants-artistes Le premier s’appelle Said Afifi. Il vient du Maroc, est passé par une école d’art, par le jeu vidéo et l’architecture et il nous livre un magnifique film contemplatif d’effets spéciaux Etymology (16min). Annabelle Amoros, elle est partie sur les traces interdites de la Zone 51 (15 min) et de ces voisins en plein fantasme de Rockwell. Après des études aux Beaux arts de Metz puis à l’école de photographie d’Arles Annabelle est devenue réalisatrice autodidacte avant de rejoindre le Fresnoy. Cette obsédé de la surveillance comme son camarade Said passionné de ruine, entament leur seconde année tout comme June Balthazard de Montbéliard qui passé par la HEAD de Genève et avant ça les Beaux Arts de Besançon et repart sur la trace d’un secret de famille à travers un documentaire animé (La Rivière Tanier - 17min) projeté à Panorama 19 alors qu’elle se rêve de redonner vie à un poisson préhistorique pour le Panorama 20.

Face à cette nouvelle promotion, il y a aussi ceux en partance comme le photographe 3.0 Baptiste Rabichon (diplômé des Beaux arts de Paris) ou le mécanicien Olivier Gain (diplômé de l’EESI de Poitier/Angoulême). L’un imagine une nouvelle photographie et l’autre une sculpture lumineuse communicante façon AN II à l’erre du virtuel et de la vitesse du code. Mais les installations les plus surprenantes sont peut-être le fait ces étudiants du bout du monde. Les conversations de la canadienne actrice et passionnée d’Histoire de l’Art Ina Mihalache, du Photographe Japonais Ishibasshi ou du plasticien et musicien chinois (Shanghai) Junken Chen. Blogueuse (Solange te parle) Ina est écrivain et cinéaste. Cette année elle se frotte aux arts plastiques avec les Buveuses d’eau et l’année prochaine au Théâtre immersif 3.0. Ishibasshi est un photographe japonais qui est venu monter un studio à Lille et s’est naturellement retrouvé au Fresnoy et Chen , lui st passé par l’école de Nice.

Des artistes-étudiants Chili, Inde, Finlande, Taiwan, Chine, Italie, Japon, Canada, Europe de l’est ou Afrique du nord, etc le Fresnoy sonne le rassemblement de toutes les nationalités artistiques dans les Hautes de France. Des artistes-étudiants aux origines les plus hétéroclites qui forment un panorama riche et ambitieux. Venus de l’anthropologie, du cinéma, de l’art, de la photographie, des sciences politiques, de l’histoire de l’art, du journalisme, de la peinture, du son, de la musique, du graphic design, de la philosophie, de la comédie, ils sont ingénieurs, acteurs ou techniciens, monteurs FX, game designer, architectes, normaliens ou réalisateurs… et chaque promotion au noms de grands créateurs (Raoul Riuz, Chantale Akermann, Pina Bauch, Thierry Kuntzel, Chris Marker, Alain Resnais, Michael Snow, John Cage ou Bill Viola…) fournit son lot de détonnant jeunes gens ambitieux. D’autant plus que depuis quelques années Le Fresnoy, fort de l’essor de son post-post diplôme, a monté avec les universités canadiennes et françaises des filières doctorales d’excellence et montre des réflexions surprenantes sur l’art et les nouvelles technologies. Cette année Marie Lelouche présentait au Panorama 19 une expérience sculpturale en réalité augmentée sur les traces de Jean Luc Moulène : Blind Sculpture. Un première expérimentation qui promet l’émergence d’une thèse étonnante.

Vers les arts étonnants de demain Le Panorama Fresnoy s’étire au fil des années à travers le nombre croissant des anciens, des artistes sortis du Fresnoy. Qu’ils se nomment Hicham Berrada, Fabien Zocco, Elisabeth Caravella, Bertrand Dezoteux, Marikel Lahana, Clément Cogitore, Ronny Trocker, Justine Pluvinage, Anri Sala, Cécile Beau, Bertrand Lamarche, Enrique Ramirez, Olivier Perriquet… (et pardon pour les dizaines d’artiste pas cité) vous en avez tous déjà entendu parler, et vous en entendrez parler demain.

Car ces jeunes artistes naviguent entre art, science et société pour produire des œuvres, des films, des sculptures, des écosystèmes, des photographies, des dispositifs, des formes et des images non seulement étonnants, mais en adéquation avec leur temps. Ils sont porteurs d’une vision de l’art inventive et généreuse qui nous offre dès à présent une vision de l’art des décennies à venir. Après les 18 autres, le Panorama 19 est la marche la plus exaltante de cet ambitieux pari… en attendant le Panorama 20.