La nouvelle Gaîté Lyrique
Ouverte depuis 7 ans dans le centre de Paris, La Gaité Lyrique est un lieu dédié aux cultures numérique. Bâti par la municipalité parisienne en 2010 dans un esprit visionnaire de création et d’innovation, La Gaité Lyrique renforce aujourd’hui sa politique avec une nouvelle équipe sa volonté d’installer les culture numérique dans un lieu devenu le véritable croisement de la création artistique et de l’innovation scientifique, technologique et sociale. S’il est indéniable que l’ancienne équipe s’était laissé allée à la facilité d’un incubateur de start-up ouvert sur des expositions vulgarisatrices associé une programmation de musiques en vogue. Pour cette nouvelle séquence (2016/2022) l’équipe de cet équipement culturel hors normes invoque la plus grande des ambitions pour la nouvelle Gaité Lyrique, celle de réactiver l’utopie et la ferveur créatrice qui inspirèrent les années fondatrices du Centre Georges Pompidou, rêvé comme un lieu ouvert sur le monde et sans cloisonnements. Faire de ce Théâtre du XIXe siècle fondé par le prestigieux musicien dramaturge et pamphlétaire Jacques Offenbach (inventeur de l’opéra Bouffe 1835/1885), un véritable instrument critique doué de sens, un lieu de création, de rencontres et de diffusion, un lieu mouvement à faire et à repenser en permanence : un lieu vivant associé à son époque porteur d’une histoire esthétique d’art et de technologies et construisant un avenir social créatif.
Le projet porté par l’équipe franco-québequoise (Agence ARTER associé à la SAT de Montréal) milite pour une action totalement nouvelle, généreuse, artistique et prospectiviste qui englobe toutes les pratiques artistiques digitales, du Théâtre à la Danse en passant par la Sculpture, le Virtuel et autant de concepts immersifs développés par les plasticiens des nouveaux médias.
L’outil ne vaut que par la main qui le tient, annonçait Marc Dondey dès la séance inaugurale de la Nouvelle Gaité, à la Gaité Lyrique, ça sera d’abord la main des artistes, mais aussi celle des chercheurs, des étudiants, des entrepreneurs créatifs et numériques. Et ça sera la main des habitants, des voisins, des citoyens. Nous serons chaque jour une fabrique d’avenir, de partage joyeux, de pensée poétique et critique, continuait le directeur artistique de la nouvelle Gaité qui veut tout simplement faire de cet équipement central de la capitale française : une fabrique de Gaité au coeur de Paris comme sur la scène nationale et internationale.
Voir la Gaité comme un prototype de la Ville-Monde in progress est certainement l’objectif prioritaire du nouvel équipage de la Gaité Lyrique, ce navire à multiple ponts, ce vecteur d’avenir et de progrès, centre de rencontre et de création dynamique relié à d’autres lieux à travers le monde, mais aussi à l’imaginaires d’artistes-chercheurs, de créateurs singuliers. Les ponts dressés avec l’ensemble de l’hexagone commencent avec Montpelier (et la Panacée) et vont se multiplier avec universités et laboratoires de recherches. Le partenariat prometteur de La Gaité Lyrique avec la Société des Arts et Technologies (SAT) de Montréal va faire école avec d’autres centre d’art. La réticulation innovatrice de cette politique va faire de La Gaité Lyrique un méta-lieu qui doit être ici et maintenant présent dans le factuel de ce quartier de Paris comme dans le virtuel des réseaux. Un lieu qui emporte et rapporte, projette et expose toute la richesse des collaborations entre les sciences et les arts, entre les disciplines artistiques et les publics, entre le numérique et l’art contemporain. D’où l’importance de Aéroports/Villes-Mondes première grande exposition manifeste de la nouvelle Gaité Lyrique.
Quand L’aéroport devient destination
''Aéroports/Villes-Mondes' est une “reprise et extension” de Terminal P, exposition qui s’est tenue l’été 2016 à La Panacée, centre d’art contemporain de la Ville de Montpelier, lieu créé et dirigé à l’époque par Franck Bauchard aujourd’hui partie prenante de l’équipe de la nouvelle Gaité. Aussi Aéroports/Villes-Mondes marque bien le projet de transformation de la Gaité pour vivre autrement le lieu laboratoire d’observation de vie contemporaine que veut installer la nouvelle Gaité. Si, comme l’écrit Franck Bauchard, l’aéroport est un thème peu abordé dans la vie artistique et culturelle, il reste une formidable source d’inspiration où entrent en résonance espaces, technologies, mode de vie et pratique sociale. Ce sont ces 4 axes que Aéroports/Villes-Mondes va développer dans les espaces d’exposition de la Gaité Lyrique. Situés au sous sol de la Gaité-Lyrique, ces derniers sont loin des espaces aérés et modulables commun à toute muséographie classique d’art contemporain (comme ceux de La Panacée), d’où une scénographie qui tient plus de la Black box et du théâtre d’ombres que du White Cube.
A la fois "camera obscura et grotte platonicienne, cette exposition tient peut être d’une tentative de formalisation de la fameuse “boite noir” (à l’origine orange) en place sur tous les avions du monde. Ultime reste (indestructible) de fin de vie de tout crash aérien cette boite noir en est la mémoire et le centre vital. Et c’est sans doute comme ça que nous devrions pénétrer ces mondes imaginaires. En projetant nos fantasmes d’aéroports, de voyages et de rencontres. Car Aéroports/Villes-Mondes propose à la fois de s’interroger sur ce qui est arrivé mais sur ce qui va arriver. Ici donc cette exposition Black Box'' interroge les aéroports comme construction culturelle aux protocoles codifiés, au même titre qu’un grand magasin ou un musée. l’aéroport est aussi le lieu à la fois ordinaire et emblématique de la globalisation. Alors que tourisme et surveillance, migration et commerce, terrorisme et art s’y juxtapose, propose Franck Bauchard, qui les entrecroise et les enchevêtre à travers un parcours immersif et critique , Aéroports/Villes-Mondes se déroule dans un aéroport transposé, décalé, imaginé, questionné par des artistes de Paris, Londres, Toronto ou New Delhi. Avec, au delà de l’exposition, un projet artistique global de transformation du Lieu Gaité Lyrique et de questionnement des environnements aéroport.
Une exposition vivante
Aéroports/Villes-Mondes s’accompagne ainsi d’une programmation musicale, théâtrale, cinématographiques parsemés de tables rondes et de conférences, imaginant ainsi un véritable lieu à vivre, à visiter et revisiter. Il aurait été pertinent que dans son concept de construire un lieu ouvert à la façon d’un Centre Pompidou du 21 ième siècle, cette exposition manifeste propose à ses visiteurs un passe accès gratuit tout au long des quatre mois de la programmation de Aéroports/Villes-Mondes. Car les propositions artistiques dépendent ici plus qu’ailleurs de ce qui se passe dans le monde. Les pièces d’Audrey Martin et de Cécile Babiole en sont des bons exemples. Avec All Right/Good Night (2016) par exemple Audrey Martin propose une pièce qui vit au gré de la météo extérieure du lieu d’exposition. Cette œuvre se présente en 2 lieux. D’abord un drapeau imprimé de ces quatre mots “All right good night”. Ce pavillon flotte sur le toit de la Gaité Lyrique et une caméra le filme en temps réel pour le projeter dans l’exposition, associé à une carte donnant les coordonnées géographiques supposées de la disparition du vol MH370. Cet appareil de la Malaysia Airlines a mystérieusement disparu au-dessus du Golfe de Thaïlande le 8 mars 2014. “All right good night” est en effet la dernière phrase prononcée par le pilote de cet avion au reste du monde. La pièce d’Audrey Martin résonne, à travers un dispositif simple de télé-présence, comme la mémoire, la commémoration, la trace… de la catastrophe et de l’accident ; image de cet INEXPLIQUABLE qu’interroge sans cesse cette jeune artiste française. Cette oeuvre, telle une tour de contrôle, est à l’extérieur comme à l’intérieur du bâtiment et réagit avec les éléments extérieur et de ce fait mérite d’être observée dans des temporalitées diverses (jour/nuit, avec vent/sans vent, ciel bleu ou gris… etc). Couloir Aérien (2016) lui aussi mériterait plusieurs visites. Cette pièce sonore et visuelle, travail immersif de l’artiste française Cécile Babiole dépend uniquement de votre temporalité de visite car il retransmet en temps réel le son des vols qui survolent la Gaité Lyrique. Pièce sonore temporelle et immersive le voyageur/visiteur peut simplement se retrouver dans cette pièce sombre traversée par deux traits de leds rouges (comme une piste d’atterrissage, tarmac) en haut duquel s’affiche le panneau des vols en approche, puis des vols entendus ou pas, selon leur proximité. Cécile Babiole sculpte ici virtuellement l’espace au-dessus de la Gaité Lyrique. Cette adaptation de Couloir Aérien produit au départ pour Terminal P (visible aussi à la Villa Arson ce printemps à Nice dans une autre proposition) nous projette dans la salle immersive de la Gaité Lyrique sans jamais utiliser le système visuel. Dans cette peine-ombre signalée par le couloir aérien visualisée, on attend ! On attends que le bruit vienne ! On attends comme le veilleur au long cour du Désert des Tartares que l’ennemi “bruit” entre dans notre couloir aérien. A chacun de choisir sa visite selon la fréquence des vols en approches sur Paris (12 km) et la météo, qui, d’un jour à l’autre, va déterminer l’approche des vols sur les différents aéroports parisiens.
En corps à corps avec les œuvres.
Mais Aéroports/Villes-Mondes propose aussi des sculptures, des photographies ou des projections plus classiques. Après la caisse, l’exposition propose à ses visiteurs munis d’une carte d’embarquement, de devenir voyageurs et d’entrer dans un méta aéroport pour d’embarquer dans une vingtaine d’imaginaires internationaux et vivre des expériences à la fois informelles et inédites,comme celle de la queue indéfinie de Matthias Gommel titrée Untitled (Passage) (2011). Dans cette œuvre l’artiste allemand du collectif Robotlab (qui travaille sur le détournement de systèmes automatisés) reprends le système de gestion des files d’attente des musées, cinéma, parc d’attraction ou des aéroports, labyrinthe de poteaux chromés reliés par des enrouleurs de tissus, rubans sur lesquels sont imprimés les paroles d’une chanson de marins anglais du 19 ième siècle “A life on the océan wave”. Lorsque l’on pénètre dans cette non sculpture, dans ce ready-made interactif et virtuel, des extraits sonores de cette chanson sont diffusées aléatoirement. Pénétrer dans ce labyrinthe serait alors comme entrer dans le non lieu qu’est la vague de l’océan qui nous éloigne de nos repères et suspend à jamais l’arrivée… incertitude de la destination face à un environnement contraignant Untitled (Passage) produit avec le ZKM de Karlsruhe, fait apparaitre ce simple accessoire d’aéroport de gestion des files d’attente comme un parcours balisé par le mystère et la poésie. Après avoir expérimenté cette pièce dans un vrai corps à corps, vous ne regarderez plus les labyrinthe des files d’attentes de la même façon.
Autre installation à expérimenter, Physiognomic Scrutinizer (2008/2009). Passage obligé, mais non obligatoire, ce portique de sécurité trône comme une sculpture technologique ou une Guillotine attendant le condamné qui va y laisser sa tête. Car il s’agit bien de laisser sa tête en mémoire. Filtrant chaque pré-condamné cette machine nous oblige à “poser” pour une caméra équipée d’un logiciel de reconnaissance faciale. Ce dernier va associer notre portrait à l’une des 150 personnalités choisies pour leur caractère controversé : meurtrier sanguinaire du 18ième siècle, mannequin à scandale, écrivain dépressif… auquel nous seront à jamais associé. Le portique de sécurité devient alors le détecteur de nos troublantes ressemblances, insinuant non seulement le doute sur notre identité, mais sur notre légitimité à être un danger ou pas pour la sécurité de tous. Pourtant, le portail se libère et nous laisse passer. Peut-être a t’il enregistré notre degré de dangerosité et reste prêt sur les réseaux à nous pré-neutraliser pour le bien-être de tous. Cette œuvre du hollandais Marnix de Nijs met chaque voyageur-visiteurs à l’index. Charge à ses compagnons de voyage de s’en méfier. Chaque tête devient suspecte, prête à tomber. Plus qu’un gadget cette pièce apporte réflexion et sourires contraints tout comme le petit film de l’albanais Adrian Paci. Avec Centro di Permanenza temporeana (2007), Paci, par un simple travelling arrière de moins de 5 minutes sur une file de migrants montant une passerelle d’embarquement propose un hors champs sans espoir : cette passerelle ne mène qu’au vide de l’absence d’avion. Transformée en allégorie du boat-people à la dérive, là sur un tarmac, immobile alors qu’en arrière plan les avions décollent et le monde continue sa course. Revendication de l’histoire collective de tous les migrants du monde (Adrian Paci a immigré en Italie en 1997) ce court film est une réalité quotidienne que bien des fictions et documentaires ont focalisé sur ces apatrides vivants dans les non-mondes aéroportuaires.
Le corps Aéroport
Au début de notre voyage on nous a remis une carte d’embarquement destinée à recuillir les fiches signalétique de chaque œuvre. Explication, concept, complément de visite ou aide à l’expérimentation nous aimerions refaire ce voyage. revoir les continents artistiques qui nous ont échappé comme la carte du franco grec Yorgo Tloupas ( par ailleurs en charge de l’identité de la nouvelle Gaité) qui nous proposait de partir avec une carte des aéroports du monde Airport Authority, A map of all the airports in the world (2009). Refaire le face à face avec la photo échèle 1 de l’intérieur d’une carlingue vide, oeuvre de la slovène Jasmina Cibic JC01 - Lufthansa (2006). Où encore nous arrêter devant le projet des deux architectes-artistes français Fanchon Bonnefois et Camille Demouge. Issue d’un projet de diplôme d’architecture, Sexcloud - Mett at the Airport (2016) questionne l’état même du voyageur en transit et qui imagine une perception différente de la zone internationale. transposé sur le terrain de la rencontre et de la sexualité, l’imaginaire et la symbolique du voyage sont transposés dans un paysage sensuel su vol. L’entrée, l’attente, la pause, la tension, l’accélération, l’envole puis le flottement, chacune de ces phases provoque des sensations physiques graduelles jusqu’à l’abandon au désir charnel. Des paramètres Physiologiques vont alors entrer en jeu, comme la température, l’hygrométrie, la lumière, l’acoustique. en interrogeant l’aéroport au travers d’usages antinomiques nos deux jeunes architectes nous le révèlent comme un espace où le fantasme surgit d’un réseau serré de contraintes, ne serais ce que celle du corps voyageur moins facile à mouvoir que son esprit fantasque.
HUB de tous les possibles
Japonais, Ukrainien Français, Allemande Hollandais, Albanais, Grec, Chinois, Canadien, Américain, Irlandais, Slovène ou Anglais quelque soit la nationalité des vingts artistes qui habitent Aéroports/Villes-Mondes, reste le Hub de tous les possibles. Qu’ils proposent des sculptures lumineuses (panneau de piste) comme Eros ou Ego ou Super (2011/2017)de la Taïwanaise An Te Liu ou des installations (de commande de Drones) comme The Same Face (2015) de l’anglais Joseph Popper ou encore l’immense recherche transmédias mutisupports Psychanalyse de l’aéroport international-Musée du terrorisme (2016) des artistes chercheurs universitaires Gwenola Wagon et Stephane Degoutin, l’ensemble des œuvres de Aéroports/Villes-Mondes propose l’aéroport comme agent actif de l’Anthropocène (période moderne et contemporaine où l’homme change la nature par ses seules décisions) mais aussi comme panorama du monde visionnaire fait d’échanges et de voyages, de collaborations et de dialogues, un monde à construire avec nos technologies et nos rêves contre nos erreurs et nos profits. Construite comme un Labyrinthe, cette exposition reste moins comme l’espace utilitaire et radical des aéroports moderne, centres commerciaux mondialisés, où espace de vie, de repos, de restauration et de consommation prennent le pas sur l’embarquement et le décollage factuel que comme un espace mental qui donne libre court aux fantasmes de chacun face à la consistance fantasmatique des aéroports qui révèle les hantises et les obsessions de nos sociétés.
Car si le Monde d’aujourd’hui s’est bâti dans les aéroports la Gaité Lyrique se construit certainement à travers cette exposition. Manifeste esthétique et réflexif où la nouvelle Gaité Lyrique affiche son rôle de hub de la connaissance, rendez vous de la création in progress et fabrique d’une société des Arts et des Technologies orienté artistes.
Aéroports/Villes-Mondes est par là un véritable manifeste prospectif. Celui affiché dès le premier jour par l’équipe de la gaité, celui d’une ruche à projets au croisement de la création artistique et de l’innovation technologique et sociale, une boite à surprises, un lieu vibrant d’expérimentations et de résidences croisées qui a pour objectif, à l’horizon 2022, de faire de la gaité Lyrique une maison de création et d’innovation ouverte au coeur de Paris… Ville-Monde.