Il ne faut pas considérer Temps Variable et baisers de Méduse dans ses versions du LAIT, du CENTRE DES ART, du SUNGKOK MUSEUM ou du CENTRE D’ART CONTEMPORANI BOLIT, comme des rétrospectives de l'œuvre gigantesque d'ORLAN, car cette artiste performer protéiforme n'expose avec la vidéo qu'une part infime de près d'un demi siècle de recherches plastiques. Mais comme une exposition-œuvre de cette plasticienne provocatrice, que l'on ne présente plus (du Baisé de l'artiste à ses Opérations de Chirurgie Plastique) à travers la part de son travail vidéographique entamé dès les années 70. Exposition totale, fruit de toute une vie d'images, qui trace le fil d'Ariane d'une œuvre incontournable ; quel travail ! quelle rage ! quel art ! Mesurage3D_-_1.jpg

ARCHIVES DE PERFORMANCES Composé des premières archives de ses MesuRages de musées et d'institutions des années 70 (musées Saint-Pierre de Lyon) puis des années 2010 (musée Andy Warhol de Pittsburgh et musée M HKA d'Anvers) jusqu'à sa dernière œuvre "en chantier" sur le jeux vidéo (Expérimentale mise en jeu, premier niveau), on suit un travail où, du factuel au virtuel, l'œuvre reste d'une grande accessibilité. On y retrouve bien sur par ses polémiques opérations de chirurgies esthétiques (il y en aura 9 entre 1990 et 1993), un travail en réalité augmenté sur tablette (Self Hybridation Opéra de Pékin n°1 - 2014). En bref, une exposition à l'image de la pièce qui l'introduit par une hybridation d'avatars écorches en 3D (La Liberté en écorchée - 2013). C'est au total 16 œuvres qui mesurent, se mesurent et re-muesurent… avec au centre ORLAN... tel un MODULOR des quatre dimensions. En fin de compte une expo-œuvre revendicatrice. Et ORLAN boucle la boucle, avec un corps, son corps qu'elle cultive et design pour en faire l'objet artistique d'un travail de tous les instants. Un corps artiste qui mesure les espaces, les enjeux sociaux, raciaux et culturels. Avec, au cœur de ce travail qui depuis plusieurs décénies s'est imposé sur la scène française et international, "le MesuRage". Ce protocole de performance est une des données essentielle du travail d'ORLAN. MesuRage qui est devenu le maitre étalon d'une idée de l'artiste à naitre et être au monde. Un ORLAN-corps devenu toile. Et ORLAN oeuvre d'art qui marche parle et revendique à tour de bras sur le féminisme, la laïcité, la liberté bien sur pour chacun de disposer de son corps, mais aussi sur l'égalité des exilés, l'identité multiple, la diversité, et surtout, surtout pour cette liberté de création qui mène toute son œuvre. Revenons sur cette œuvre iconoclaste qui replace l'artiste dans son rôle social d'exemple et de défricheur. ORLAN se positionne comme un corps- étalon de notre rapport au monde, Modulor des inégalités d'un monde en marche, signal d'alarme de notre déshumanité. Et cette Exposition mesure ici le temps de son œuvre. Ce qui est toujours intéressant dans une carrière artistique, c'est de voir les liens et le fil qui se développent dans toutes ses pièces, tout en passant par des temps très différents et des technologies de l'image qui ont explosé, constatait ORLAN lors de son vernissage à Albi. Certaines pièces ne durent que trois minutes, d'autre 5 heures. Donc pour le spectateur il y a des surprises au niveau du temps et des manières différentes de regarder mes œuvres sur moniteurs ou vidéo projetées, en installation ou en mono-bande, interactives ou pas. Bien que… Oui mais…- 2003, ici projetée sur un seul écran est en fait une installation en triptyque. Régis Durand l'a montré dans sa forme originale lors de la rétrospective 1964/2004 d'ORLAN au CNP. avoue ORLAN. Version 2

EXPOSITION(S) ŒUVRE Car cette exposition de vidéos, qui tourne à travers le monde, va prendre des formes très différentes. Certaines vidéo montrées ici et pas là, sur moniteur ou sur grands écran seront exposées ailleurs en installations, en Réalité Augmentée ou en photographies... et vis versa. Je ne m'interdit rien ! assure l'artiste, qui dispatche ses vidéo au gré des thématiques choisies par les différents lieux de cette tournée. L'exposition change de titre et de géométrie selon les lieux où elle passe et comment les curateurs modèlent mon œuvre en présentant plutôt telle ou telle autre pièce. En précisant cela, ORLAN sait très bien que ces (ses) expositions sont autant de performances nouvelles qu'elle va construire comme des méta-œuvres, proposant de faire et de refaire une construction monographiques cohérente avec ses combats d'antan. En effet, ORLAN propose à ses spectateurs, et aux différents musées qui l'accueillent de vivre une expérience unique, celui de l'exposition-œuvre. Dans ce genre d'exercice, c'est souvent le commissaire d'exposition qui vit cette expérience le premier, d'abord avec les œuvres et bien sur avec l'artiste surtout comme ici quand elle sait ce qu'elle veut. A Albi j'ai fait refaire une partie de l'exposition qui ne me semblait pas fonctionner visuellement et conceptuellement par rapport à ce que je voulais dire de mes œuvres. Revendique ORLAN. Chacune exposition, apparemment très simple très adaptable, qui tient sur une clée usb, demande beaucoup d'ajustements de dernière minutes avec les Commissaires et leurs équipes. On peut dire que ce travail de curation est une collaboration avec Jacky-Ruth Meyer (la commissaire et directrice du LAIT NDLR), Emmanuel Cuisinier (du CDA), Soukyoun Lee (Le commissaire du Musée de Séoul) et Carné Sais (La curatrice de Girona). Puisqu'ils m'ont proposé des choses et que j'ai pu faire passer mes idées et en fabriquer d'autres. Avoue ORLAN. Suivant le caractère de chaque lieu c'est différent. Il y a des restrictions ou des possibilités nouvelles qui s'offrent à telles vidéo ou telle installation et pas a d'autres.... Sans compter que dans ce genre d'exercice avec des vidéos, les sons se phagocytent. Aux grands moulins ce sont les interférences sonores qui ont posé le plus de problème à Jacky-Ruth Meyer et ORLAN dont les vidéos sont, soit totalement silencieuses avec beaucoup de choses très ralenties, soit totalement basées sur le son qui prends alors une importance capitale. Pour son Saint ORLAN et les vieillards -1983, l'artiste à tout d'abord acheté un disque vinyle de soprano : totalement scratché mais très beau ! sur la bande son duquel elle a monté ses images en fonction des sons abîmés. Puis, continue ORLAN, j'ai scratché l'image elle même pour évoquer (c'est aussi un "memento mori") la fugacité de nos support d'enregistrement et de conservation des images et des sons, numériques ou pas, qui font que : rien ne dure ! RA_-_1.jpg

AVATAR La fugacité de la performance de ces expositions est tenue par un personnage, l'avatar d'ORLAN. Revue et corrigé de pièces en pièces il a un nom : Bump Load, ressemble à la fois a un écorché de Rembrandt descendant d'une vénus préhistorique dont des airs de Cyborg et d'avatar de jeu enfanté par Sainte ORLAN et par tous les rôles que l'artiste joue dans ses films. Dans Self Hybridation Opéra de Pékin #1 - 2014, il est aussi là affublé de masques de l'Opéra de Pékin, en avatar 3D, self hybridation de l'artiste qui sort de l'écran, fait des acrobaties en réalité augmentée avec le spectateur comme référence performative. Bien sur, beaucoup des œuvres présentées à Albi, Enghein, Séoul, et Gérone sont faites pour l'image plus que pour raconter une performance. Dans Saint ORLAN et les vieillards -1983, on me retrouve dedans mais c'est un vrai travail sur l'image, raconte l'artiste. Par contre toute la série des vidéos sur les opérations chirurgicales (90/93) ou sur les MesuRages de rues ou d'institutions sont effectivement un constat (archives de performances des années 60/70 puis des années 2010) avec bien sur La Liberté en écorchée -2013 qui introduit l'exposition. Hymne à la Performance, cet art pour lequel ORLAN a beaucoup milité en participant activement aux grands symposiums sur la performance à Lyon (Art-performance de 1979 à 1983) avec Hubert Besacier. A cette époque c'était incroyable : la performance était méprisées, totalement rejetée, on disait que "ce n'était pas de l'art", que "ça n'avait aucun intérêt !". en plus ça ne se vendait pas ! Alors qu'aujourd'hui avec le Street Art, c'est une autre histoire ! se souvient ORLAN. Mais en marge de cette histoire de l'art, qu'ORLAN a aussi écrite, cette artiste à fait de son corps son terrain de performances avec des incursions dans le Bio ART et vers une hybridation iconique (3D / 2D) et physique (Opérations Chirurgicales). Mais peut-être que la plus intrigante des œuvres présentées dans Temps Variable et baisers de Méduse est Bump Load Cell - 2013, une courte œuvre de 5 minutes formées de SCANNERS médicaux de l'artiste. Présentée sur un écran plat vertical cette sculpture d'images est certainement le chainon manquant entre ORLAN et son BUMP LOAD, avatar qui va hanter beaucoup de ses pièces. Sculpture contemplative de la naissance du double de l'artiste, mutation numérique et esthétique, écorché scientifique de la machine ORLAN, cette pièce est une vision du corps-robot qui nous accompagne et nous sert d'avatar d'exposition, de lien est introduit très intelligemment pour donner l'envie de participer au jeu vidéo, cœur de l'Exposition à travers Bump Load elle même. Une belle façon d'humaniser un avatar et d' engager son spectateur dans une forme de performance. Ce jeu vidéo propose de donner corps à un déplacement avec ses mouvements, ses gestes, ses actions. Explique ORLAN. Ca montre que le spectateur doit s'impliquer dans une œuvre et de se responsabiliser en en construisant une autre. JeuV2_-_1.jpg

JEU DE GESTES Comment cette artiste sexagénaire dont le corps est Art, la vie est Art et le geste est Art… conçoit-elle l'idée de créer un jeu vidéo, objet de communication et de distraction grand publique. Comme une oeuvre ? Sur les pas de Bill Viola, Ultralab et d'autres créateurs contemporains habitués des nouvelles technologies, images de synthèses et autre interactivité, ORLAN se lance dans une nouvelles aventure. C'est extrêmement difficile confirme t'elle, non seulement parce que je n'ai aucune habitude du jeu et qu'il m'est très difficile de m'y projeter, mais aussi parce que c'est dure de vouloir produire des images différentes de ce qui se fait dans cette industrie. Il y a ce que j'imagine, et ce qui est faisable... ce que je veux et ce qui est possible avec plus de temps et plus d'argent. En fait, ORLAN se retrouve à jongler avec beaucoup de paramètres : L'argent, les idées reçues et l'esthétisme du genre. Dans mon jeu, tirer n'est pas jouer ! Avoue t'elle. Dans mon jeu. on est loin de Lara Croft et pourtant tout le monde à ça à l'esprit. Ce que je veux faire c'est pénétrer la machine pour dérégler les choses, et ça, ce n'est pas dans l'idée de la fabrication d'un jeu vidéo ! ORLAN voulait depuis longtemps réaliser une pièce sur le jeu vidéo. L'aliénation de ce médias est l'un de ses combats. Et elle est intarissable sur le sujet. Le jeu vidéo est un phénomène absolument hallucinant, autour de moi, mes stagiaires jouent et pensent à jouer toute leur journée. Une de mes stagiaire me disait dernièrement : "Le matin je ne prends jamais de café ! la seule chose qui me réveille c'est de me mettre à jouer !" Donc c'était sa première pensée, première priorité ! Elle est sur un jeu vidéo depuis 3 ans dont elle joue chaque jour beaucoup d'heures pour créer des choses très inintéressantes avec des choix inintéressant qui ne donne que de l'illusion de vie. Et tout se temps passé, tout se temps perdu, à jouer me parait incroyable. C'est à partir de là que j'ai voulu que mon jeu ne dure que 4'33" en référence à la pièce du musicien John Cage (4'33" de silence NDLR). JeuV1_-_1.jpg 4 MINUTES 33 SECONDES POUR VIVRE Effectivement, quant on joue au jeu d'ORLAN on peut se taire (ne plus bouger) et écouter le jeu pendant 4'33" et peut-être… gagner ! Ecouter ce qui se passe, la musique du monde… ou bien se lancer dans ce jeu et aller le plus vite possible pour se débarrasser du jeu en 4'33". Donc dans ce jeu où il y a beaucoup de choses à prendre (ou à laisser) et où on est obligé de s'investir et d'apprendre un langage du corps pour avancer, pour acquérir une certaine dextérité assez dure à appréhender mais intéressante. On y retrouve une gestuelle performative mise en place grâce à une interface sensitive homme/machine à partir de bracelets Thamic Myo. Cette interface permet au joueur de diriger l'avatar Bump Load d'ORLAN (Robot en quête de son humanité amélioré) dans un paysage hors du temps. Votre mission : trouver les éléments d'une œuvres détruite afin de la reconstituer (toute ressemblance avec une actualité fanatique est absolument assumée par l'artiste). Ce que j'ai voulu, c'est renouveler les icônes. Et le jeu évoque toutes ses oeuvres d'art qui se font détruire par les intégrismes, tous ces pans de cultures qui disparaissent. J'ai voulu faire quelque chose où s'humaniser passe à travers le fait de reconstruire, de se reconstruire. Construire des œuvres au lieu de les détruire et c'est cette reconstitution qui fait que l'on s'humanise de plus en plus ! Ca, c'est ce que dit ce jeu vidéo selon ORLAN ! A Albi on a pu découvrir, le niveau beta de Expérimental mise en jeu (c'est son titre). Ce qui a permis à ORLAN d'expérimenter cette première version toute fraiche et d'échanger avec Bruno Michas le Game Designer qui, avec ses équipes, veille au développement de cette œuvre atypique dont chaque exposition a permis d'acquérir un nouveau niveau. Je pense que tous les autres levels vont se sophistiquer pour approcher de ce que je vois, disait ORLAN en sortant d'une séance de jeu au LAIT, sans compter que le personnage avatar va aussi évoluer et sortir à l'air libre dans un monde terrible. et le pari est en passe d'être gagné entre la Costa Brava et le Pays du Matin Calme le jeu d'ORLAN marque des points. A3D_-_1.jpg

ACTANT DE LA VIE L'interface Thamic Myo est formée de deux bracelets qui se placent sur chaque avant bras du joueur et captent la gestuelle de ses mains comme de ses bras. S'en suit un sorte de danse, une gestuelle théâtrale qui dirige l'avatar que l'on suit de dos sur un écran. Cette ORLAN en 3D est presque en échelle 1 et la course contre la montre peut commencer. Le challenge très lancé pour moins de 5 mn de performance théâtralisée face à un écran miroir. "Le Théâtre m'a sauvé !" a dit de nombreuses fois ORLAN, qui ajoute aussi qu'il a faillit la perdre. Sauvé, car il lui a permis de prendre de l'assurance, de changer sa voix et la position de son corps au regard des autres. Et ça, ça a très bien réussit dans un premier temps. Nous confie ORLAN. Puis est venu le temps du théâtre total (pas loin de chez Jean Dasté) des années 60 et tout à coup elle à eu la révélation, celle d'être ORLAN. Le théâtre n'était plus mon but ! Et je me suis mise à faire de la performance. Au lieu d'être acteur, j'étais actant ! Ca change complètement complètement la donne ! Se souvient-elle. Jeu Vidéo ou pas ! N'est pas ORLAN qui veut ! Il faut être prêt à tout, s'humaniser et surtout s'indigner, casser les tabous, bousculer les interdits, transformer son corps en autre chose. Alors, ORLAN se fabrique un personnage-œuvre qui au fil du temps et de sa reconnaissance est attendu, scruté et jugé à chacune de ses apparitions publiques et de ses revendications artistiques. Je suis quelqu'un d'extrêmement indignée, revendique ORLAN qui trouve que tout est extrêmement difficile, et pas qu'esthétiquement… juste le fait de prendre un pseudonyme c'est difficile à tenir. Vouloir que son nom ne s'écrive qu'en majuscules c'est une gageure, une attention de tous les instants. Dès qu'on veut faire quelque chose qui est différent de la caste sociale dans laquelle on est ou du milieu dans lequel on nait (on est !? NDLR) c'est extrêmement difficile. Dès que l'on fait un pas de côté il y a des réactions fortes, violentes même. Mais, cette stéphanoise a gravi toutes les marches de la reconnaissance artistique internationale seule, avec ses combats et une certaine opiniâtreté qui donne d'autant plus de valeur à son œuvre. Elle avoue ne jamais avoir chercher la vie confortable et facile : Je pense que tout ce que l'on fait, tout ce que l'on est, peut avoir des influences sur son entourage, sur ce qui se passe dans la vie, dans la réflexion des gens. Donc c'est important de maintenir le cap. Version 2

ICONE ? On doit alors se poser la question de la posture de cette icône artistique vivante qu'est devenue ORLAN. "Trésor national vivant" comme disent les japonais de certain grands maîtres. Présente partout, tout le temps, ORLAN pourrait facilement être une marque. Lorsqu'elle fut invitée pour Riga Capitale Culturelle en 2014, ce fut en tant que "ORLAN icône de l'art Français" ! Etait-ce prémonitoire ? ORLAN, sous ses airs d'avatar vivant, aurait acquis le statue (ou la stature) de marque artistique comme BUREN ou autres JEFF KUNZ !! Il y a des porosités entre marque et icône, reconnait ORLAN, Ce qui est sur, c'est que j'ai influencé de nombreux artistes. Beaucoup m'ont imité à tel point que j'ai en ce moment un procès contre Lady Gaga (une autre icône NDLR). Mais c'est vrai que par rapport à certain artistes, c'est un peu comme si on ne faisait pas le même métier. Parce que si on a pas d'investisseurs et si on n'a pas de très grosses galeries derrières soi, pour faire un vrai travail de production et de communication, on ne peut pas afficher le nombre de "0" que certain artistes revendiquent. ORLAN parle de "0" dans le prix des œuvres, l'argent reste le nerf de la guerre artistique. Si la petite entreprise ORLAN a des commandes publiques, vend beaucoup de photographies des hybridations de son icône et parfois des objets (on se souvient des sculptures de sa belle exposition de l'Abbaye de Maubuysson) l'artiste ORLAN doit vendre pour créer. Je n'ai jamais fait des pièces à vendre. J'adore vendre bien sur ! Ca me permets avant tout de gérer mon imaginaire. Car si je ne vends pas je ne peux plus produire d'œuvres nouvelles, je ne peux plus gérer mon imaginaire. Avoue ORLAN. Mais j'ai toujours refusé d'être une marchandise ! D'ailleurs ORLAN n'aime pas beaucoup les produits dérivés et les éditions… pourtant, à la voir dans les soirées et les vernissages nous ne pouvons pas ne pas l'imaginer elle comme son seul produit dérivé ? Icône avec qui tout le monde veut faire un selfie ! D'ailleurs ce qui est peut-être le plus incroyable dans cette suite de rétrospective(s) ce sont les changements ou pas qui apparaissent sur l'icône ORLAN. Femme seule qui se bat contre le temps et, tour de force incroyable, arrive à le figer.

MACHINE DESIRANTE On pourrait penser que lorsque l'on porte une image, comme ORLAN, on se bat pour la vie et contre le temps. Et bien non ! Je me se bat tout les jours contre les "prêts à penser" Nous dit ORLAN. Contre les esprits fermés et les libertés qui se restreignent. C'est pour ça que je suis très attentive à cette loi sur la liberté de création. C'est vraiment très important. Parce que plus ça va aller et plus il y va y avoir des groupuscules chrétiens, musulmans ou autres qui vont décider si l'Art leur plait ou pas ! Et si ça ne leur plait pas, il ne faut pas que ça n'existe ! Donc il va y avoir de l'empêchement, de l'autocensure et de la censure. Et c'est vraiment la chose qui me fait très peur ! Si dans la vie d'ORLAN beaucoup de choses sont nées de lectures, plus que la peur, c'est la révolte qui mène son œuvre. Chirurgie, Esthétisme, Football, Religion, Jeux vidéo… ''Toutes les fois qu'un phénomène de société m'apparait comme néfaste ou disproportionné j'ai envie de tourner autour et de voir ce qu'on peut en faire. Dit-elle. Réaction de passionnée responsable qui veut montrer au monde les choses sous une autre angle. Acte d'artiste ! Je ne me pose pas de questions, j'ai des idées sans arrêt. Mon seul problème est de trouver la structure pour produire et financer mes projets. Mon jeu vidéo qui doit avoir au final 6 niveaux coûte énormément d'argent. Et quand vous commencez cette sorte de production, si vous ne trouvez pas d'argent, pas de subventions ou de sponsors et bien ça s'arrête ! Donc l'argent est le principal frein et problème d'ORLAN. Car, chez elle, continuer à créer et à produire c'est quelque chose qui ne s'arrête jamais. Elle est totalement consciente d'être une machine désirante'' qui ne s'est jamais posée la question de s'arrêter un jour. Presque un robot ?

Alors rétrospective(s) ou pas, expositions monographiques morcelées ou pas ces quartes expositions vont certainement consacrer celle qui reste éternellement l'électron libre de la création française. ORLAN, l'artiste toujours prête à nous mettre face à notre laxisme sur les sujets les plus sensibles et polémiques mesure aujourd'hui le temps de son œuvre. Des vidéos comme Harlequin's Coat - 2008 ou Sainte ORLAN et les Vieillards - 1984 nous montrent ce que la vidéo et l'art vidéo doivent à la performance, à l'hybridation des images et au militantisme artistique. Mais aussi tout ce que l'art contemporain doit à la vidéo et aux performers. Et si, comme l'écrit si justement Jacky-Ruth Meyer (la directrice et commissaire du centre d'art LE LAIT), le corps d'ORLAN est devenu le lieu de tous les débats public qui interrogent la société, gageons que ces quatre expositions ORLANTESQUES dressent un panorama propre à mesurer a la fois le temps de la rage d'ORLAN pour nous transfigurer en ACTANT contre toutes formes de domination, le temps d'un geste de 4 minutes 33 secondes qui changerait enfin le monde.

Jean Jacques Gay 2016