Déjà, on peut se poser la question : le Palais de Tokyo est il un jardin ? Jean De Loisy, le grand maître de cérémonie du Palais, personnage médiatique en diable, écrit là une partition dangereuse. Car dans un cadre très, trop, libéralisme, il associe étroitement et ouvertement un marché de l'art (à travers des Galeries privées) à cette exposition. Le Palais devient autant une chambre d'échos médiatique qu'une enseigne pour un marché privé face auquel un établissement publique devrait prendre ses distances. Mais revenons à cette exposition Nouvelles Vagues, jardin extraordinaire, paradis des jeunes pousses curatoriales et artistiques.... et des amoureux de l'art qui essaient des choses nouvelles… et trop souvent JUSTES nouvelles. Des jeunes pousses exotiques du monde entier présentées en bouquet dans un écrin (toujours) grunge et à la fois grandiose et labyrinthique qu'est ce Palais, vestige des grandes expositions universelles. À boire et à manger tout est permis avec un retour en force de cinéma exposé et de sculptures ready made propres à présenter des environnements dérangeants, sonores, obscures, surprenants et... en fin de compte, lassants. NouvelleVagueJap.jpg Cette nouvelle exposition s'appelle NouvelleS VagueS. Rassurez vous, ce grand cirque n'a rien a voir avec ce qui s'est appelé à partir d'une phrase de François Giroux la Nouvelle Vague des années 60, celle de Godard, Truffaut, Rivette..... Ils descendaient filmer dans la rue alors que nos amis du Palais cherchent le salon du collectionneur. Cette nouvelle Nouvelles Vagues version Jean De Loisy manque de Manifeste claire et nou,s on divague, on passe de pièce en pièces (d’œuvres, en vestibules), de pistes en pistes de ce grand cirque... sans jamais percer le mystère de cette, non, de CES nouvelles vagues. On est dans un jardin, un parc à la française où l'armée des jardiniers curateurs de cette vitrine de l'art nouveau (qui est dit nouveau) manque de chef d'orchestre. Les artisteq attendent le chaland, amateurs et professionnels, collectionneurs et journalistes qui vont essayer de dégager un mouvement artistique d'un simple panel. Les pièces sont là, les ambiances et les odeurs sont écrites, mais le fond manque. NouvelleVagueFeuilles.jpgNouvelleVagueCO.jpg Pas de regard politique. L'espace aseptisé laissé aux Guérilla Girls transforme ce mouvement féministe en maniérisme design. Dommage; et même si le second sous sol (enfin au Palais c'est plus compliqué) recèle des trésors, le musée exulte sans rassembler et relègue les oeuvres historiques en anecdotes au profit de barnums tapageurs : heureusement quelques perles subsistes. Pierre Huygue et son superbe film The host and the cloud qui dans sa version originale, dure trois heures et que le spectateur du Palais verra dans un couloir... Au troisième La superbe sculpture arbre-architecte baitogogo du sud américain Henrique Olivieira qui est le yang d'un Gordon Matta-Clark relégué dans un couloir (insignifiant) et pourtant son ying. NouvelleVagueArbre2.jpgNouvelleVagueArbreGP.jpgNouvelleVagueArbre1.jpgNouvelleVagueArbreMur.jpgNouvelleVagueArbre3.jpg Cette exposition qui pourrait être à l'image de l'action filmée du jeune Ivãn Argote. Dans sa vidéo Felling Argote filme sa danse iconoclaste devant la Croix noir de Malevitch accroché dans un musée... Au son de close to me ('the cure) sortie d'un transistors posé à terre, comme la caméra. Mais si Argote est drôle, ce n'est pas le cas de Nouvelles Vagues qui se prend au sérieux. Qui pour rester le rapport iconoclaste aurait dû exposer le tague de Mondrian par le même Argote... Erreurs de jeunesse d'Isabelle Lenormand qui rate ici l'occasion d'un vraie geste curatoriale. NouvelleVagueSSB.jpg En bref et pour finir, la classe de commissaires labellisés De Loisy abandonne le visiteur dans ce jardin des délices transformé en hall de gare. Le voyageur de l'art qui devra devenir explorateur et laisser au bord de la route des perles étouffée dans l'étouffante jungle d'un art qui se voudrait post-contemporain. La Nouvelles Vagues de Tokyo n'est pas un tsunami mais une vague vaguelette qui vient lécher les plages de Miami Vice.