Mueck est entré dans l’art par hasard… et par atavisme. Hasard ; présenté à Charles Saatchi (le grands publicitaire et collectionneur londonien) son Pinocchio est adoubé. Ses «poupées» font fureur, et ce chef d’entreprise de mannequins pour la publicité entre dans les plus grands musées et expose dans les plus presitigieuses biennales et foires internationales. Atavisme ; Ronald est le fils de fabricants de jouets et de poupées de chiffons. Un environnement familiale qui influence cet artisan de la forme qui travaille aussi pour l’industrie du cinéma et la télévision américaine. On lui doit certaines des marionnettes du Muppet Show. Mais Ron Mueck cherche la perfection. Il veut travailler des sculptures parfaites plus vraies que nature et qui puissent à 50 cm des yeux du public insinuer encore le doute sur la réalité de ses personnages, qu'il soient grands ou petit. Nous somme presque dans une exhibition foraine de monstres. MueckV_Gens.jpgMueckV_observateur.jpgMueckVCP.jpgMueckV_Homme.jpg Révélé en 1997 par la sculpture de la dépouille mortelle de son père… réduite aux deux tiers. Présentée à Londres dans l’exposition bien nommée Sensation c'est le père de Ron qui lui donne ainsi une seconde naissance. Et puis "Sensation", reste vraiment l’adjectif qui colle le mieux à l’œuvre de Ron Mueck, quoi que "Malaise" soit aussi très présent. Mueck nous confronte à l’inquiétante étrangeté du rapport au corps et à l’existence. L’hyperréaliste de ces «sculptures» nous plonge dans l’incertitude. Humanisme, compassion sont des termes qui collent aux expositions de Mueck. Mais si cette nouvelle sculpture nous plonge à la fois dans un maniérisme et dans un malaise, elle reste fragile, travaille sur la mystification (est-ce réel ? ) et l'échelle. L’échelle lui donne d'ailleurs toute son envergure. C’est là qu’entre le gulliverisme et le syndrome de l’Alice de Lewis Carroll, deux états se font face. Alice change sa forme pour pénétrer dans des mondes nouveaux, ou accéder à des passages et outils. Un monde interactif d’immersion. Gullivers, le voyageur de Jonathan Swift, quant à lui, aborde des terres inconnues où il est, soit géant, soit microbe. C’est un peu dans cet état que Mueck nous transporte. C'est cette expérience que notre mental dispute à l'hyperréalisme des sculptures de Mueck. Car, ce petit théâtre pourrait rester une galerie de marionnettes s'il n’y avait cet hyperréaliste qui devient surréaliste par les situations et les formes. Le MarkII, cette tête, masque, cet autoportrait, qui est plus près de la décollation classique que du masque des espions de Mission Impossible, se révèle tout de même un écorché.MueckMaskSeul.jpgMueckMask_Homme.jpg Mais revenons à cette exposition, un poulet géant, un couple d’amoureux timides au tiers de leur taille et encore plus timides, une géante nue au fagot… et surtout un couple de vieux sur la plage. Impressionnante, cette sculpture l’est par sa taille. Là pas de surprise, ils sont plus grand que nous. Soit ! Mais encore ! Leur position sous un parasol multicolore, allongés au sol ne les incline pas à être à l'intérieur de la fondation Cartier. Et ça, ça ne pardonne pas à l'effet ! MueckTimides_F.jpgMueckTimides_Femme.jpgMueckTimides_Regard.jpg Autant les personnages errants, nus et mis à nus, comme des photo de Colman ou des peinture de Lucian Freud, arrivent à insuffler l’étrangeté au réalisme de Mueck et par une cruelle alchimie nous racontent une sculpture du troisième millénaire où des vrais gens poseraient vivants mais immobiles sur leur socles et dans une mise en scène classiciste. Autant la femme géante de In Bed nous plaçait dans un intérieur à son échelle qui étaient les murs même de la fondation Cartier et dans laquelle on se sentaient petit Gullivers au pays des géants, ou Lilliputiens découvrant Gullivers. Alors qu'en 2013 le contexte des sculptures de Mueck pas assez travaillé ne nous rend plus la magie de l’œuvre (sauf Mask II peut-etre) ! Mais nous met face au maniérisme d’une sculpture miniaturistes et anecdotique où le "plus vrai que nature" ne dépasse jamais la nature… Dommage !