Le texte du commissaire d' Anticorps, Bernard Marcadé fait la proposition du fait que d'Agata "ne compose pas ses photographies, mais les arrache à la réalité de sa propre vie". Comment ne pas être d'accord avec cette idée. D'autant qu'au BAL d'Agata les colle sur les cimaises et fait de ses images la peau de l'exposition. Peau qui sera arrachée le 15 avril et mettra fin à cette expérience. ADAExpo1.jpgADAexpo4.jpgADAExpo2.jpg Mais revenons sur ce kaléidoscope. 18 ans de photographies, de 1993 à 2011, s'égraine comme autant de fragments de la vie de d'Agata. De La chute de Tripoli (2011) à Tbillissi (2009) en passant par Phnom Penh (2010 ou 2005) on parcourt Hébron, Gaza, Bethléem, Naplouse ou Jénine (2002). Mais le tiers monde est aussi près chez nous, à Sangatte (2004), Marseille (2004-2005), Brest (2000-2001), Saint Étienne (2005), Paris (2000).... Alors de New york à Mexico en passant par Ciudad Guatemala, le Chiapas, la Havane, Bamako, Palerme, Le Caire les corps et les ruines se font face. Les corps en ruine crient leur rage de vivre avant la mort, le sexe et l'étreinte ; les femmes de face, les hommes de dos, les soldats en guerre et les visages détruits affrontent l'objectif toujours subjectif d'Antoine d'Agata. ADAcrisNus.jpgADAcri.jpg Au début la photo d'Agata est un cri, un mouvement qui de Munch à Vélikovic retrace le surréalisme d'une sombre réalité. Sérialité d'image qui se cherche un mouvement, une renaissance, une vie. Ainsi du noir et blanc à la couleurs en passant par le sépia, D'Agata Shoot l'action, l’étreinte sexuelle d'un couple ou d'un corps dont il semble le partenaire. Mais que ses séries explore le corps ou l'architecture, le geste ou l'immobilisme, le off est toute la question de ces photographie; Y a t-il une vie en off de ces images. Impossible ! inimaginable ? ou bien trop appréhendable. Car lorsque l'on voit ces ruines urbaines ou les visages ruinées des rejetées de la société, la réalité de l'histoire de chacun de ces portraits nous raconte une histoire croisée tout les jours mais qu'on ne veut pas voir. ADAnus.jpgADAbaise.jpg Bien sur, le photographe Antoine d'Agata nous propose un kaléidoscope de ses obsessions, clichés capturés dans les coins les plus sordides de la planète. Entre sexe et guerre, entre ruines et désolation humaine, entre drogue et prostitution, entre mort et petite mort, notre chasseur d'image immortalise une iconographie furieusement post-contemporaine dans son traitement des sujets comme dans leur monstration au sein de cette folle exposition. Cet immense cabinet de curiosités, exposition 18ième siècle à travers lesquelles les images confrontent leurs sérialité (fiches anthropométriques de prostituées, façades, militaires ou séquences de baise), leur gestuelle (celle de l'amour comme de la mort), comme leurs cris (de désespoir face à une déchéance totale et de douleur face une déshumanisation annoncée). ADAsouffrance.jpgADAidentiteFemmes2.jpg

L'œuvre de d'Agata est une nouvelle photographie qui nous saute au visage. Ses cris paraphrasent LE CRI, ses série et ses "bougés" rattrapent la vie cinématographique. Anticorps propose une immense cartographie invisible. C'est dans un livre de 560 pages (Editions Xavier Barral) où comme dans l'exposition le photographe montre des photos judiciaires de prostituées trouvées sur le net. Cette grille de portraits pixélisés et cruement éclairée d'Agata les inclue dans son oeuvre comme un cri ultime* : "regardez ces photos ! je suis incapable de faire des photos aussi fortes que ça… je ne pourrais jamais faire mieux. La photo c'est fini pour moi !" '' ADAcorps_Archi.jpg

  • C'est la réponse qu'il fit à son éditeur lorsque celui ci s'étonna que le photographe mette Ces images dans Son livre.''