Le premier espace dans lequel le visiteur avance, l’antichambre, est celui du théoricien Aby Warburg (1866-1929). Car cette exposition est un hommage contemporain à l’œuvre de celui, qui, pour Didi-huberman a joué, dans le domaine de l'histoire de l'art, le même rôle fondateur que Freud pour la Psychologie. Tous deux ont fait lever les fantômes de nos activités de chaque instant… dit Didi-Huberman. Freud l'a fait avec son grand livre sur l'interprétation des rêves, et Warburg, lui, à travers un grand atlas d'images au nom grec de la déesse de la mémoire : Mnémosyne. En fait, tous deux ont mis les choses en perspective, ont comparé, et, en provoquant des associations, ont permis de tracer une (des) histoire(s). C'est là l’objet même de cette exposition : mettre en perspective images (photos, vidéo), originaux et reproductions, auteurs (Warburg / Didi-Huberman / Gisinger), histoires et réflexions anthropologiques. Car, après ce passage devant la planche version XXL de l'Atlas de Warburg, Didi-Huberman nous fait traverser l'espace et le temps de l'exposition, à travers deux autres points vues inédits.

FantomeFrise.jpg FantomefrisePhotos2.jpg Le premier Atlas suite, est une œuvre virtuelle de plus de 80 images. Ces 115 mètres de photographies signées Arnold Gisinger, images saisies lors de l'exposition Atlas de Didi-Huberman telle qu'elle fut monté à Hambourg en 2011 (Atlas fut aussi montrée (montée?) au ZKM et à Madrid). Ces images sont une suite de posters collées en un seul grand montage linéaire qui suit le mur opposé à la coursive du Fresnoy. Montage qui nous entraînant dans une mise en abîme visuel de la mise en perspective artistique imaginée par Didi-Huberman pour SON exposition sur les traces de Warburg. Pourtant, Georges Didi-Huberman se présente à nous comme autre chose. Il est plus que commissaire, et il n’est pas artiste.... Alors ? autre chose ?

FantomefriseMains.jpg Ma vie est d'écrire, en solitaire. Je suis un homme qui ne va pas dans les vernissages... mais Je suis passionné des images... déclare l'homme qui à dit non à la stricte pédagogie muséale pour inviter chaque visiteur à se faire son exposition, à travers une interactivité mnésique. Car l'art de George Didi-Huberman propose une réflexion très proche d'une méditation sur les images. Proche de la méditation de Warburg dont l'Atlas reste le déclencheur de la pensé moderne sur les images. Car, L'histoire des image, est une histoires de fantômes pour grandes personnes. Par ailleurs, la demande de Didi-Huberman faite à Arno Gisinger d'immortaliser l’art de l'exposition (de son montage à sa monstration avec un vrai regard artistique) est aussi une mise en abîme de sa réflexion. C’est une vraie prise de conscience de la vie, et du caractère éphémère des assemblages d’œuvres (d’images) selon Warburg. Partant du principe que chaque exposition est unique, que chaque exposition à une vie et une fonction aussi réelle que les œuvres d'art qui la composent à un instant T. Didi-huberman pose la question de comment penser une exposition à l'heure de la reproductibilité (question que Walter Benjamin souleva pour les images sans forcément penser à l’assemblage d’images : l’exposition). En effet alors que les œuvres deviennent reproductibles, l’exposition ne devrait-elle pas l’être aussi ? Réflexion induite par la reproduction de la table de travail où notre philosophe confronte chaque jour ses pensées à ses images. Comme Warburg dans ses planches d'Atlas, Huberman les assemble côte à côte… les montent entres elles. Et c'est là l'objet du troisième Tableau, celui que se réserve Didi-huberman pour faire art. Pour se re-fabriquer version XXXXL une planche à la Warburg, une planche de comparaison.... Mais en travaillant sur un médium contemporain, celui de l'image animée.

FantomeDispoangle.jpgFantomeDispo1.jpgFantomefrisePhotos.jpg C'est dans la fosse, sur les 1000 m² de la grande nef du Fresnoy, que le spectateur va, de la coursive, pouvoir plonger son regard. En écho au chemin de croix dessiné par les impressions, collées à même le mur de la galerie, des images de Gisinger, le visiteur découvre la planche Warburguienne de Georges Didi-Huberman. Immense… elle propose un tapis d’images fixes et animées, en couleur et en noir et blanc, avec lesquelles on peut écrire une histoire, son histoire, celle des gestes ancestraux de la lamentation. Ici le regard plonge dans l’enfer des images (disait Abel Gance) de Georges Didi-Huberman qui nous expose, explose, sa table de travail. Il nous offre un panorama gigantesque sur un montage, une association d’images, ici totalement interactif. En effet, notre philosophe anthropologue compose un modèle contemporain de la planche de Warburg, autour du motif de la lamentation des morts. Ce travail de titan est intitulé Mnémoyne 42. C’est une planche d'Atlas horizontale de 1000 m2 qui met en résonance Giotto et Godard, Darwin et Goya, Glauber Rocha et Chaplin, des films anthropologiques et des fictions, des reconstitutions et des cérémonie primitives, Paradjanov et Pasolini, Rouch et Dovjenko, la révolution arabe avec Donatello et Giotto… etc, etc… Effets combinatoires de 38 images fixes et animées, muettes et sonores à voir du haut de la coursive (et c’est dommage qu’on ne puisse y descendre) comme dans une arène au sein de laquelle elle vont se battre pour donner vie dans notre esprit à une histoire... Ressuscitant ainsi les fantômes, une des histoires de fantômes pour grandes personnes. La réflexion de Georges Didi Huberman sur ces lamentations, ces gestes immémoriaux que l'on apprends jamais mais que l'on sait faire d'instinct face aux grands passages, aux grands drames et aux épreuves de la vie, arrive ici comme une démonstration sur les nouveaux médias et l’image reproductible. Pour Didi-Huberman, Warburg a créé la forme et il faut suivre son exemple. Le Fresnoy est certainement la meilleur adresse pour faire exemple et expérimenter une telle réflexion, car très peu d’institutions proposent cette recherche sur la monstration. Et, à ce titre, l'école d'Alain Fleischer reste exemplaire.

FantomefosseFace.jpg Démonstration, Histoires de fantômes pour grandes personnes est une réflexion sur ce qu'est une exposition. Une exposition est un travail en cours... dit Georges Didi-Huberman.... un retour à la méditation. Et si on lui demande ce qu'il vient faire dans cette galère, il vous répondra que les penseurs doivent inventer des œuvres et les artistes de la pensée !

À ce titre Arno Gisinger et Georges Didi-Huberman relèvent le défit !