Monumenta, exposition événement du Ministère de la culture et de la communication, qui met à l’honneur une figure de l’art contemporain international en lui offrant le Grand Palais a vu Anselme Kieffer jouer avec l’accumulation, Richard Serra magnifier le vide, Boltansky imaginer l’absence et Amish Kapoor vider le plein. Aujourd’hui Buren célèbre la lumière et établit le plus beau dialogue avec l’architecture d’espace et de lumière du Grand Palais. La canopée transparente et colorée qu'il propose entre en écho avec la verrière. Et ce jardin suspendu pop nous immerge dans des couleurs, autant qu’elle nous donne à voir par transparence un point de vue chaque fois renouvelé sur l’architecture néo baroque de la république, transformant le Grand Palais en Cristal Palace du vingt et unième siècle, un espace qui change selon la lumière qui pénètre le Palais et au gré de notre promenade dans ce jardin acidulé.

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Dialogue qui explose lorsque l’on arrive dans le cœur de cette cathédrale de lumière, et où nos pas se trouvent confrontés avec des « mares de miroirs ». là notre regard change on regarde le sol et c’est toujours la verrière qui explose notre regard. Mais qu’est ce qui fait tourner cette œuvre in situe ? BurenRefletSpectateurs.jpgBurenCoupole3C.jpg Tout d’abord un cheminement. BurenRefletGeCoupole.jpg On entre dans le grand palais par une petite porte nord sous un dais à la Buren : rayures noires et blanches de 7cm de large, et on sortira par le sud, traversant le Grand Palais du Nord au Sud. Avec au centre un bar. BurenCoupoleColoree.jpg Car cette sculpture résonne comme une canopées de parasols transparents sous lesquels on peut muser, s’amuser, flâner, stationner et apprécier la lumière « Roland Garros » de ce printemps (La « lumière Roland Garros » terme utilisé par les cameramen qui couvrent le célèbre tournois de la porte d’Auteuil, est cette lumière changeante d’un soleil ardant ponctué par des nuages en mouvement). Cette foret de cercles colorées avec 1500 piliers noirs et blancs soutient des ombrelles translucides vertes, oranges, bleues et jaunes. BurenSucette.jpg Excentrique(s) est à la fois une formules géométriques et un jeu de langage (le son léger qui narre en 12 langues les couleurs qui nous immergent) qui architecturent ces cercles de lumières colorées qui s’assemblent, concentriques et tangents. Excentrique(s) propose une magie du lieu où il est bon de flâner pour redécouvrir le Grand Palais et sa coupole, redécouvrir un artiste qui nous livre en verticalité l’extraordinaire exposition réalisée il y a presque 10 ans sur un étage entier du Centre Pompidou. BurenCanopeeGeneral.jpg Le jeu de Buren sur la trame avait à cette époque reconstruit ce musée en musée de couleur extraordinaire qui à été détruit. Et ce printemps Buren reconstruit le Grand Palais. Il nous démontre que son art est plus que de la sculpture. Que son travail renouvelle l’architecture. Car chaque œuvre de Buren est un lieu à vivre plus qu’à regarder, un lieu à se souvenir plus qu’à collectionner, un espace dont il faut prendre la mesure pour dire, lorsqu’il aura été détruit : « j’y étais ! et qu’est-ce que c’était bien ! » C’est aussi ça l’art de l’éphémère : Acheter un souvenir. Et si cette virtualité est le crédo de Daniel Buren (même si certaine de ces œuvres comme les colonnes du Palais Royal, demeurent) c’est peut être aussi, depuis 2007, le plus beau cadeau que nous a fait 5 fois Monumenta.