L'Homme invisible , l'homme animal ?
Par Jean-Jacques Gay le jeudi 12 janvier 2012, 14:54 - Regards Croisées - Lien permanent
Regards Croisés__ est une catégorie qui regroupe les points de vues
critiques de différents rédacteurs sur une exposition précise. Aujourd'hui il
s'agit de voir l'Homme Invisible de Mirka
Lugosi exposition présentée jusqu'au 13 janvier au Confort Moderne de Poitiers par l’œil
de Camille, Florianne, Juan et Valentin, 4 étudiants en second cycles de
l'Ecole Européenne Supérieure de l'Image de Poitiers. l'homme
invisible vu par Floriane Musseau.__
Mirka Lugosi expose “L’Homme Invisible” comme une installation composée de
photos, d'une cinquantaine de dessins, des peintures et de sculptures, et
explore - avec des outils tels que le dessin, la gouache, les auto-portraits
polaroïd, la peinture sur tirage photographique - l’univers d’un certain
« auto-érotisme fantasmatique ». En pénétrant cette
exposition on trouve d’abord des dessins effectués à la mine de plomb avec une
extrême finesse. Sur certains nous voyons l’image d'une femme iconique, Mirka
Lugosi elle même, femme laissant libre court à ses pulsions érotiques. On peut
y constater une approche ludique de la sensualité avec une certaine tendance
obsessionnelle à vouloir représenter une fusion totale entre l'Humain et la
bête. Mais pas d’homme réel ! L'homme ne serait-il pas alors cet animal si
convoité dans tous ces dessins ? Le spectateur peut alors passer plusieurs
minutes devant chacune des cinquante œuvres, du simple fait que le surréalisme
qui en émane l’invite dans un univers à part.
On peut alors penser à
Frank Kortan, artiste qui exprime cette même incroyable folie imaginative,
servie par la même magistrale et exceptionnelle technique. Ses toiles nous
emmènent visiter des mondes, des lieux, des mélanges, des personnages, une
magie que l’on ne se lasse pas d’admirer. C’est comme dans le travail de Mirka
Lugosi : on a l'impression de redécouvrir à chaque fois une image
différente dans la même, un détail, « le » détail, que l’on n’avait
pas perçu la fois précédente, et ce bien au-delà d’une symbolique surréaliste.

En revanche, au fur et à
mesure de notre visite dans cette exposition, le fait de rencontrer une suite
d’objets personnels de l'artiste nous expulse de son univers artistique. C'est
un peu comme si une réalité que l'on avait pas envie de retrouver s'imposait à
nos yeux. En rapelant froidemant au visiteur son terne quotidien, Mirka nous
détourne de son art et nous ramène brusquement à ce que nous connaissons déjà.
Aussi surprenant
que ça soit, on trouve aussi dans cette exposition de dessins un univers
photographique qui présente une mise en scène différente du corps de la femme.
Photos présentées comme des vues de l’artiste, qui devient ainsi son propre
modèle dans une face à face avec ses dessins techniques et minutieux.
Pourquoi ? Peut être est-ce parce que Mika Lugosi a été modèle de charme
pour le photographe Gilles Berquet ! Là, la subtilité qu'il pouvait y
avoir dans ses créations graphiques ne se retrouve pas, ou mal. La mise en
scène est toujours aussi présente mais le corps devient réel, présent, trop
présent même face au spectateur, face à nous. La photographie propose alors une
confrontation plus violente… plus dérangeante.
Pour finir, le mélange
des supports n'amène rien de plus à cette exposition. Si ce n'est le fait de ne
pas nous laisser, nous spectateurs, le temps du recul face à une image
interrogative, parfois déstabilisante… face à un imaginaire subtilement
construit. Floriane Musseau