Fondation Cartier pour l’Art Premier
Par Jean-Jacques Gay le lundi 23 mai 2011, 07:24 - Actualité - Lien permanent
Vaudou, fondation cartier pour l'art contemporain, jusqu'au 25 septembre 2011 Paris
"En Afrique, il n'y a aucune mort naturelle ! " Entendue au détour
d'une archive filmée sur un plateau tv, où Jacques Kerchache s’exprimait sur sa
rencontre avec le Vaudou cette explication succincte résume à elle seule le
mythe Vaudou selon Kerchache. . C’est celle d’un anthropologue, aventurier
ethnique, qui nous livre sa fascination pour la simplicité des croyances
africaines pour la magie Vaudou. Car on va parler d’art, mais aussi de Magie.
Donc, si aucune mort n'est naturelle,
toute disparition est due à l'autre : le voisin, le cousin, l'ethnie
opposée, le sorcier vengeur, la frangine jalouse ou l'épouse
inconsolable ! ... Voilà donc un mystère Vaudou et une exposition
fascinante ! Car il est incroyable de se retrouver face à face avec ces
statues Vaudou, face à ces vecteurs de mort encagés de verre dans les sous sols
d’une Fondation Cartier pour l’Art Contemporain, qui met ses pas dans
les traces de Kerchache, un Kerchache instigateur du Musée du Quai
Branly, Kerchache grand ordonnateurs du Pavillon des Sessions qui
ouvrit le Louvre aux Arts d'Afrique, Asie, d'Océanie et des Amériques, un
Kerchache, porte parole infatigable "pour que les chefs d’œuvres du monde
entier naissent libres et égaux..." un Kerchache malheureusement décédé avant
l'heure et qui revient aujourd’hui d’entre les morts pour nous proposer de
revivre avec lui son aventure au pays du Vaudou. 
L'exposition Vaudou apparait au prime abord d'un esthétisme spectaculaire.
D’une sobriété lumineuse et “so cute” comme la Fondation Cartier en a le
secret.... Car, en chargeant le designer Enzo Mari de mettre en scène ce Vaudou
parisien, la Fondation du joailler international voulait avant tout créer un
frisson charmant à ses aficionados branchés. 
Le Vaudou chez Cartier, c'est avant
tout une mise en scène qui s’ouvre sur une scène. Un tableau où chaque statue,
accompagnée de la porte dont elle garde l'entrée, fait apparaitre le panorama
de place du village comme une scène de spectacle : en arc de cercle.... Le
Vaudou, et sa représentation statuaire, est donc assimilé au gardien :
gardien des esprits, gardien des traditions, gardien de la vie, et garant de la
fragilité humaine…Mais les portes posent aussi la question d’un au-delà prêt
lui aussi à ressurgir dans le présent !! “Entre ici, Jacques Kerchache !”
semble déclamer André Malraux. 
L’au-delà ramené au présent, et
vis versa, c’est ça le Vaudou. Puis, en écho à cette vision glamour, une
seconde salle propose une projection d'archives (coupures de presses, photos et
archives audiovisuelles) et un face à face avec le spectre de Jacques
Kerchache, l'infatigable enfant de Rouen, Kerchache l'incessant voyageur, sans
qui cette culture nous aurait peut-être échappé. Dès l'âge de 18 ans Jacques
Kercharche ouvre une galerie à Paris, puis ne cesse de parcourir les 5
continents pour approvisionner son petit commerce. Car, il ne faut pas rêver,
notre pionnier fut d'abord un pillard d’œuvres rares, pour qui la rencontre
avec ces civilisations anciennes va être la révélation. Et dire que c'est
peut-être au Vaudou que l'on doit ce retournement, un sors jeté à l'aventurier
Kerchache et qui l’a transformé en grand intellectuel. Sommité qui sû garder sa
gouaille et sa flamboyance de pirate et de marchand, au cœur des meilleurs
sociétés intellectuelles et politiques. Notre pillard sera fait Chevalier de la
Légion d'Honneur et de l'Ordre National du Mérite et se verra très vite
estampillé de Monsieur Arts Premiers. Mais ce sont les écris, les expositions,
et les positions de passionné et d'humaniste qui amèneront Jacques Kerchache et
sa femme Anne a construire une inestimable collection sur le Vaudou du Bénin.
Car si nous, pauvres profanes, ne connaissons le Vaudou que comme le rituel des
Caraïbes, le Vaudou est un culte religieux séculaire dont le berceau fût
l’Afrique béninoise. Religion et “forte médecine” que l'esclavage a exporté sur
d'autres continents. Mais revenons à Cartier, car si c’est dans cette
conjoncture que Jacques Kerchache a rencontré le Vaudou, c’est aussi à travers
cette histoire qu’est née cette exposition.
Conçue à partir d'échanges anciens
entre la Fondation Cartier et Kerchache, cette exposition, basée sur
l'impressionnante collection d'Anne et Jacques, se veut fidèle au choix des
Kerchaches, pour qui “les critères esthétiques primaient sur l’anthropologie”.
A partir de là, le choix scénographique est clair. Vaudou sera chic et
classieux plutôt que scientifique, pédagogique et ethnographique. Par sa
scénographie Enzo Mari va alors nous proposer d’entreprendre un voyage
initiatique aux côtés de Kerchaches et de leur rencontre avec le monde Vaudou.
Passés cette introduction, nous pouvons
maintenant descendre au sous-sol de la fondation et nous immerger dans l'antre
du Vaudou, dans le sanctuaire des sorciers africains, et ce à travers deux
mises en scènes précises. La première, présente un mausolée de 48
colonnes ? C’est un espace de connaissance panoptique sur le Vaudou. Le
second est une mise en situation qui nous immerge dans l’obscurité et l’ombre
et où le visiteur accompagne ces silhouettes d’un autre temps, qui, ici, mues
par leur simple force, traversent l’espace et le temps, surgissent du passé
avec, semble-t’il, l’idée de se venger d’avoir si longtemps été rangées, loin
de l’ART, au rayon des accessoires ethniques…
Si Enzo Mariri le profane (accompagné
par la veuve de Jacques) suit pas à pas Kerchache, c'est à l’artiste Marcel
Duchamp (père du ready made) qu'il pense. Lorsqu'il met en scène les
impressionnantes statues Vaudou, objets inanimés vecteur de mort et de vie,
talismans de protection et/ou de vengeance, représentations inertes des peurs
et des rêves, Enzo pense à l’art, à “l’artiste” qui leur a donné vie (même si
c’est un sorcier maléfique), qui a conçu ces étranges machines. Car ces figures
tutélaires sont à la fois inertes et vivantes, à la fois innocentes et prêtes à
tout. On le sent rien qu’en les observant : tout peut arriver !
Pourquoi ? Parce qu’elles sont composées d’un assemblage organique très
structuré, Construites à partir de bois sculpté, elles lui associe toujours une
partie de vivant et d’organique : os, poils, plumes, dents ou squelette
d'animal (ou même coquillage) traités avec des sécrétions humaines (salive,
sperme....). A ces parties vivantes et représentatives est Presque toujours
associé, ligoté, un objet contemporain à sa fabrication, objet mécanique et
usuel ou symbolique du présent : cadenas, serrure, lame, barbelé, chaines,
matériaux. Cet attribut semble fournir un indice sur le rôle dévolu au fétiche.
Assemblage hétéroclite qui renforce le malaise et le pouvoir Vaudou
Kerchache à beaucoup fait pour que cet
“art ethnique” gagne enfin à sa juste place, le Pavillon des Sessions, le musée
du quai Branly en sont les effets grand publique. Qu’il nous ait quitté si tôt
est certainement étranger au Vaudou, mais on ne peut exclure la force de cette
magie sur cette disparition prématurée : “aucune mort n’est naturelle… “
Et si d’autres visionnaires (artistes, écrivains, collectionneurs) ont eux
aussi beaucoup fait "pour que les chefs d’œuvres du monde entier naissent
libres et égaux..." (on citera Breton, mais aussi Arman, qui ont mené de front
leur art et l’amour des arts premiers à travers de grandes collections, ou
encore l’exposition Les magiciens de la terre ( imaginée par Jean-Hubert
Martin) ne remettait-elle pas en perspective la magie de l’art et la
contemporanéitée des primitifs) Kerchache revient aujourd’hui sous les
projecteurs grâce, et à cause, du Vaudou pour nous proposer d’aborder un art de
l’invisible et nous accompagner par ces quelques mots : “Devant la
sculpture africaine, il faut cesser d’avoir peur d’être profane, et se laisser
envahir… Lui offrir son temps, lui ouvrir sa sexualité, ses rêves, lui livrer
sa mort, ses inhibitions… et se laisser aller à la jouissance, se laisser
gagner la magie.”
Commentaires
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The plots of Daria largely concern juxtaposition between the central character's jaded, sardonic cynicism and the values/preoccupations of her suburban American hometown of Lawndale. In a 2005 interview, series co-creator Glenn Eichler described the otherwise unspecified locale as, "a mid-Atlantic suburb, outside somewhere like Baltimore. They could have lived in Pennsylvania near the Main Line, though."