Graveur des antipodes
Par Jean-Jacques Gay le mardi 22 mars 2011, 21:54 - Artiste - Lien permanent
Dennis Nona Entre ciel, terre et mer ou le mythe
revisité jusqu’au 20 mai 2011 Ambassade d’australie
Paris. 
En observant le travail de sculpture et
de gravure de Dennis Nona, une seule question se pose : à partir de quel
moment l'art ethnique est il une création contemporaine ? Bien sur tout
art d'aujourd'hui qu'il soit artisanal, ethnique, urbain, brut ou
institutionnel devrait porter cette appellation d'art contemporain. Pourtant de
subtiles catégories sont tous les jours tracées pour faire de l'art
traditionnel (qu'il soit ethnique ou artisanal) un sous art contemporain. C'est
là que Dennis Nona transcende les frontières établies par le monde de l'art,
donne un joyeux coup de pied dans les catégories établies et réussit le tour de
force de porter ses racines aborigènes et maories du détroit de Torres
au Panthéon des créations contemporaines de ce début de troisième millénaire.

Le territoire des ancêtres de Dennis Nona (ici avec un de ses graveurs) est
un archipel de petites îles silencieuses cernées par deux terres : au nord
la Nouvelle-Guinée, au sud l'Australie. Il y a très peut de temps (en 1991) ses
frères, arrivés dans ce détroit de Torres il y a plus de 3500 ans, ont
défiés la haute cour de justice Australienne en refusant de reconnaitre le
concept de Terra Nullius selon lequel les Terres et les eaux
australiennes n'appartenaient a personne avant leur annexion par la courrons
britannique. Ce combat communautaire et a l'image de la posture de Dennis
Nona dans notre contemporain mondialisé. Ce mythe n'est pas revisité comme le
sous-titre cette exposition australienne. Le mythe est la médium de l'œuvre de
Nona qui est un passeur au même titre que les chamans et autres conteurs de sa
tribut qui, entre ciel, terre et mer, cultivent un rapport privilégié avec les
éléments et les animaux qui partagent ce territoire et leur quotidien depuis la
nuit des temps. 
Car si le travail de Nona est on ne
peut plus contemporain, c'est parce qu'il redonne non pas ses lettres de
noblesses aux mythe de son peuple, mais surtout parce qu'il transcende des
techniques d'expression artistiques ancestrales comme la sculpture et la
gravure, leur redonnant une actualité et un éclat qui vont nous permettre de
porter un autre regard sur notre art occidental. 
Eau-forte, linogravure, gravures laser,
bronze, aluminium, nacre… Dennis Nona pousse ces techniques d'autrefois vers
une contemporanéitée futuriste qui propulse les mythes et les histoires de son
peuple dans le 21iéme siécle. Ainsi Mutuk,
Dugal, Goba, Saulal,
Yawarr, Ubirikubiri, Gubuka,
Dadu, Zurathau Dogai sont autant de mystères
que d'histoires venues d'un autre temps et que Nona nous transmet comme sa mère
conteuse, et plus grande source d'inspiration, l'a transmis à ce jeune
aborigène, magicien la terre, de la mer et du ciel en hommage à son ancêtre
Waii. Septième génération, cet ailleul dont le nom
Waii est aujourd'hui devenu un nom commun qui décrit
l'afflux des créatures marines allant et venant sur les récifs du détroit
de Torres au grés des marées, en deux mots l'abondance...
Et si Denis Nona y voit un parallèle avec ses expositions internationales,
événements qui se succèdent et pour lesquels ses œuvres voyagent sur de grandes
distances par air et par mer avant de revenir à leur point d'origine en
Australie, il y a une certaine pointe de fierté dans l'œuvre de Nona, celle de
son île de Badu morceau de terre sur lequelle sont conservés
les crânes Waii et son frère Soibai ultimes
guerriers d'une des ultimes batailles épiques de ce peuple des antipodes....
Avant l'arrivée des missionnaires blancs dans ces îles entre ciel terre et mer.


Alors aujourd'hui ne soyons pas comme
ces Missionnaires et ouvrons notre Art Contemporain à cet art de
Badu, de cet art d'avant Waï, à cet art qui
est autant Australien que le concept de Terra Nullus, à cet art qui
appartient au ciel, à la terre, à la mer… à Nona et à un morceau de chacun de
nous !
Commentaires
cette exposition s’est installée au Musée d’Art et d’Histoire de Rochefort (jusqu'au 30 septembre 2011) et comporte plus d’oeuvres puisqu’à celles exposées à Paris s’ajoutent 18 autres oeuvres acquises par le Musée de Rochefort et le Musées de Confluences de Lyon.
site de l'expo :
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