Il est plus grand MOORE que vivant !
Par Jean-Jacques Gay le jeudi 27 janvier 2011, 13:50 - Actualité - Lien permanent
Henry Moore L’ATELIER, jusqu’au 27 février 2011 Musée Rodin,
Paris.
C’est avec curiosité et déférence que nous pénétrons l’atelier d’Henry Moore
reconstitué pour l’occasion dans les espaces contemporaines du Musée Rodin. Car
même s’il n’est pas de la reconstitution précise d’un Atelier Brancusi (à
Beaubourg), entre essais et Maquettes, matières et sculptures monumentales, une
atmosphère de recherche et de création est perceptible, au point d’amener tous
les curieux à se pencher sur l’œuvre de monstre sacré de la sculpture moderne
trop peu connu en France (sa dernière grande expo française date de 25 ans)
qu'est Henry Moore. 




Mentor d’une lignée de sculpteurs contemporains : de Caro
à Flanagan, de Cragg à
Deacon et peut-être d’une certaine façon à Richard
Serra, Henry Moore est connu pour ses bronzes abstraits monumentaux
dont les sujets sont souvent des abstractions de silhouettes humaines, telles
que Mère-et-Enfant (Mother-and-Child) ou Figures Étendues
(Reclining Figures).



À
part un flirt avec quelques représentations de « groupes familiaux »
dans les années 50 et avant ça un art dédié à l’effort de guerre de Winston
Churchill, les sujets de ce britannique pur jus, fils de mineur, sont
presque toujours des figures féminines. Figures abstraites et massives, les
sculptures de Moore sont souvent percées, ou contiennent des cavités, des
excavations. Et leur façonnage n’est pas sans faire pensée à l’anneau de
Moebius (où dessus et dessous sont la même surface). cet aspect est-il dicté
par le travail de recherche que Moore effectue avec du plâtre ? Beaucoup
interprètent la forme ondulée de ces silhouettes étendues comme des références
au paysage et aux vallées du Yorkshire natal de l'artiste. D’autres, à une
recherche d’un éternel féminin sécuritaire et maternel, harmonieux et généreux.
Mais le regard de Moore sur la condition humaine face à l'oeuvre de la nature,
qu'elle soit en relief ou en creux, c'est l'érosion du temps qui mène sa
sculpture.
Quoi qu’il en soit l’univers de Moore explose dans une exposition en forme d’atelier qui se plait à présenter toutes les étapes de la sculpture. Des dessins aux maquettes, des sculptures en plâtre aux travaux sur pierre et en bronze, les recherches d’Henry Moore rencontrent à Paris la collection sur Rodin et en cela pose d’intéressantes interrogations sur la figuration et l’expression, sur la sculpture d’hier et celle de demain. A ce propos on aimerait que le Musée Rodin se tourne aussi vers la sculpture contemporaine (il y a eu quelques timides essais). Sculpture qui explose par ailleurs, et qui ne demanderai pas mieux que d’être mise en perspective avec le monde du Mentor de Camille Claudel.
Henry Moore est une passerelle qu’on espère voir transformer. Une initiation à un type de sculpture à laquelle les visiteurs de Rodin ne sont pas forcements sensibles mais qui entre-ouvre une porte vers des œuvres plus contemporaines. Si Moore a inspiré de nombreux contemporains, si Rodin est le père de toute la sculpture moderne, il ne serait que justice que le Musée Rodin marche sur les traces de ces deux grands hommes et se tourne vers la jeune sculpture émergente.