Ah oui ! car il faut aussi préciser (mais vu la façade de la fondation et le buzz on s’en doutait un peu) que l’exposition « Fleurs Fraîches, dessins sur I pad et I phone » présente des séries de natures mortes et de portraits réalisés et exposées sur I phone et I pad. Gadgets d’Apple directement fixés sur les cimaises par un rustique support en contreplaqué rehaussé d’un bout de plexiglas condamnant le bouton on/off. Machines de projections par lesquelles sont diffusées, en diaporamas, les croquis (dessins sur le pouce) du maitre. Images reprises et agrandis dans une seconde salle à travers une grande projection. Sans oublier, bien sur, LE film qui accueille et raccompagne les visiteurs à l’entrée de cette grotte obscure. Film où le maître explique et montre la dextérité de la gestuelle de ses doigts, qui avec une palette graphique, croquent ce qu'il voit sur l’écran tactile de ces tablettes nomades. Car le dada de David est la machine à peindre. Il a mené toute une réflexion sur les techniques des Primitifs Italiens et Hollandais, et ce n’est pas un hasard.

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En effet dans ce film de la BBC (Sous la peinture, la photographie (2001)) Hockney nous montre comment à partir d’un dessin d’Ingres qu’il photocopie et agrandit, il découvre un coup de crayon ressemblant trait pour trait à un graphisme de Warhol. Et que par déduction il en arrive à imaginer, puis prouver qu’Ingres et ses prédécesseur Florentins et Flamants utilisaient la « photographie » en temps réel pour rendre le réalisme de leurs portraits (regardez les formats de leurs portraits, par exemple ). Expérimentation faites avec des lentilles concaves, Hockney imagine et reconstitue des chambres claires et autre caméra obscura… et prouve ses hypothèses. Alors, bien sur, son travail pop, puis californien ont toujours essayé de parfaire une certaine vision des choses. Que ça soit des piscines, de ses amis, du désert californien, puis des jardins, en passant du pinceau à l’appareil photo, du polaroid au dessin naïf, du décor de théâtre à la vision panoramique architecturale, Hockney a toujours eu cette passion pour l’hyper-images. Et si aujourd’hui il revient avec Apple et ses gadgets tactiles c’est après une désacralisation de l’icône artistique affirmée avec ses faxs et autres agrandissements mécaniques.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA Pourtant, en se promenant dans la serre numérique que nous sert la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, on peut se demander si les fleurs d'Hockney sont aussi fraiches qu’annoncées ? Car ce que David oublie de nous dire (comme les maîtres florentins l’avaient, en leur temps gardé secret) c’est que c’est que la machine qui l’aide à peindre n’est pas la palette graphique, mais l’appareil photo qui lui donne le support à travailler graphiquement. Il ne recompose qu’une partie de l’image. C'est sa SUR impression qui seule reste en fin de compte, car il s’appuie sur une image photographique. Hockney a lui aussi son secret, et rejoint son maître Pop Andy, qui avec sa sérigraphie multipliait les tonalités. Or, là, David Hockney se trompe, car sa machine à dessiner n’est pas comme celle de ces pères, n’est pas un aide, mais un gadget, une simple interface de peinture numérique… comme le film de Clouzot le Mystère Picasso, où le maitre Catalan créait devant la caméra, par un artifice de rétro-projection un dessins déjà préparé, les fleurs de Hockney ne sont pas fraiches ! Elles viennent de la photographie et la seule chose qui nous intéresse : C’est que cette gymnastique sur I phone et I pad soit venue de l’attention de l’ami de David, qui, tout les 2 jours, change le bouquet de fleurs de la chambre du peintre. C’est que David envoie ses dessins à ses amis, qu’il leur demande de lui envoyer des images pour les retravailler et leur les rendre. C’est cette virtualité d’un travail conceptuel fort sur une machine de vision à la mode… C’est tout ce que cette exposition ne montre pas, ce que les seniors et les enfants du seizième et le gardien irascible ne verront pas, aveuglés qu’ils sont par les images de ces gadgets exposées dans cette grotte de riche qui ne leur propose que l’illusion d’un futur pictural naïf. Naïfs, tout comme les dessins d’Hockney, qui se retrouvent de fait reléguées au rôle de faire valoir d’Apple. Dommage David ! Et ne lâche rien !