Aujourd’hui, le musée d’art moderne de la ville de Paris nous propose une exposition monographique de ce sculpteur, événement par lequel on découvre une autre face du travail de Didier Marcel : une œuvre sculpturale dans laquelle le visiteur s’immerge à se perdre. En effet, en pénétrant cette exposition au titre intrigant : « Sommes nous l’élégance », et interrogateur sans point d’interrogation, nous rentrons par une œuvre conçue comme un paysage linéaire inspiré du tableau de Kazimir Malevitch La charge de la cavalerie rouge. Intallation-œuvre ou une simple moquette (de longues rayures) associée à un Labour rouge (Moulage de terre labourée en résine de polyester teintée), forment une sorte de peinture spatiale d’où il ne subsiste qu’un horizon écarlate. Et le visiteur peut ainsi exister au centre de cette mise en espace d'une oeuvre d'un autre siècle. OLYMPUS DIGITAL CAMERA OLYMPUS DIGITAL CAMERA OLYMPUS DIGITAL CAMERA A la fin de cette promenade scupturale, une Clairière, où nous nous retrouvons immergés au sein d’un troupeau de cerfs, immobiles, filiformes et massifs, animaux stylisées (réalisés en sculpture en fer à béton soudés) à travers lesquels notre regard passe et repasse comme si ces bêtes étaient plus nombreuses qu’elles ne le sont, comme si nous faisions nous même partie d’une même dessin au trait… dessin de sculpteur. OLYMPUS DIGITAL CAMERA OLYMPUS DIGITAL CAMERA OLYMPUS DIGITAL CAMERA OLYMPUS DIGITAL CAMERA Ces cerfs figés (comme surpris par l’homme… et en alerte) tels des chevaux de Troie fusionnent l’espace de la galerie… et notre vision de spectateur se retrouve actrice de cette œuvre en 3D. Chaque cerf est œuvre et l’ensemble aussi… autant que nous simple visiteur. OLYMPUS DIGITAL CAMERA Entre ces deux points, entre Labour et Clairière deux espaces nous accompagnent tout au long de cette originale promenade contemporaine. Le premier est Travelling, un long corridor où, entouré par deux clôtures (une virtuelle, sérigraphie de grillage TGV-SNCF en trompe l’œil, l’autre factuelle, une réserve de rondins de bois de chauffage) nous escortent dans un travelling de moulages de rochers en papier mâché. Faux rochers faits mains, objets transitoires entre une image en trompe l’œil (grillage) et un ready made d’Arte Povera (rondins). OLYMPUS DIGITAL CAMERA OLYMPUS DIGITAL CAMERA OLYMPUS DIGITAL CAMERA OLYMPUS DIGITAL CAMERA OLYMPUS DIGITAL CAMERA De droite à gauche ou de gauche à droite nous passons du virtuel au factuel d’une nature recomposée par l’homme mais qui en demeure incontournable (au propre comme au figurée). Promenade parsemée de feuille de papier noir froissé. Qui comme autant d’oiseaux, corbeaux noir d’une campagne endormie, s’égaient au grés des courants d’air et des maladresses des visiteurs qui les dispersent de leurs piétinements. OLYMPUS DIGITAL CAMERA OLYMPUS DIGITAL CAMERA Le second espace transitoire est Péristyle, où les troncs moulés de peupliers (polyester flocage viscose) écrivent une architecture poste moderne figée, par laquelle seule la surface de ces « poteaux » arbres écrivent de leurs écorces les restes d’une nature perdue. Et, en même temps qu’ils encadrent la maquette (travail de Marcel de 1995 et propriété du FNAC) d’un bâtiment détruit sur une table, tel un autel architectural, ces 4 « arbres » proposent une plongée archéo-historique (nef d’église ou paradis perdu) qui n’est pas sans rappeler une approche du travail d’Anne et Patrick Poiriers. Alors dans cet allé-retour il est temps de se poser la question que ne pose pas Didier Marcel (car son titre est sans « ? ») : Sommes nous l’élégance… enfin avec un « ? ». OLYMPUS DIGITAL CAMERA OLYMPUS DIGITAL CAMERA OLYMPUS DIGITAL CAMERA OLYMPUS DIGITAL CAMERA Il est clair que cette exposition n’est pas simplement une suite de sculptures, mais de propositions que Marcel nous fait avec une très grande générosité. Avec au centre de ces interrogations un spectateur qui participe au travail sculptural par sa seule présence d’abord, puis par sa réflexion face aux controverses que Didier Marcel lui apporte : Vrai/Faux, Virtuel/Factuel, Naturel/Synthétique, Image/Objet, Sculpture/Bas-relief, Immersion/Confrontation… autant de concepts à l’image de cette miniature sans titre, mi cheval mi mouton, mi cubiste mi hyperréaliste, animal qui broute et… qui dans un coin de cette exposition répond que l’élégance est dans tout… et en nous ! OLYMPUS DIGITAL CAMERA