La route
Par Jean-Jacques Gay le lundi 16 août 2010, 15:38 - Artiste - Lien permanent
Jean Pierre Potiers, Au-delà du Noir Musée Sainte Croix de Poitiers, 86000, jusqu’au 29 Août 2010.
En ces temps de transhumance estivale, lorsque la France défile sous vos yeux il est indispensable de s’arrêter face aux grandes images que Jean Pierre Potier expose jusqu’à fin Août à Poitiers. Sur les chemins de cette France Tranquille d’où « la Force » du même nom explosa en 1981 avec son village dont le clocher restait le maître incontesté des campagnes, un nouveau PAP (Paysage Architectural Paysan) est fleurit aujourd’hui sur nos routes automobiles et ferroviaires hexagonales. Un paysage rythmé au grè de majestueuses et muettes silhouettes qui accompagnent nos voyages : les Silos.

Car, ce ne sont pas les éoliennes que Jean Pierre Potier peint avec obstination. Mais les bâtiments industriels qui hantent nos paysages campagnards, telle la maison sur la colline du Psychose d’Alfred Hitchcock (inspiré d’Edward Hopper) ou les granges inquiétantes de La Mort Aux Trousses. Qu’ils soient Usines, Entrepôts, Coopératives, ou simples Bâtiments agricoles, ces « Silos » veillent sur notre route et Jean Pierre Potier les croque dans les paysages lunaires d’un monde qui semble n’appartenir qu’à eux. En effet, les dessins grands formats presque carrés 1,5X2m, de ces architectures de béton et d’acier, réalisés au fusain sur Drop Paper (papier contemporain en fibres synthétiques) sont isolés de leur contexte paysager tant est si bien qu’ils en deviennent eux même le paysage au gré du trait de Jean Pierre Potier.

Cet artiste nantais, qui vit et travaille à Poitiers, est présent sur la scène internationale et nationale à travers différentes institutions et collections renommées. Jean Pierre Potier revient aujourd’hui avec Au-Dela du Noir, une série figurative propre à relancer le paysage français contemporain.

Avec l’acharnement des époux Becher qui mettent en musique l’architecture
industriel d’un temps révolus à force de photographies noir & blanc, Potier
poursuit ses « Silos » comme Quichotte ses Moulins. Son trait leur
donne une âme que nos regards redoutent mais que notre imagination appelle. Car
l’art de Jean Pierre Potier les plonge au cœur de fictions incroyables,
d’histoires cruelles et apocalyptiques dans une lumière de fin du monde, la fin
d’un monde industriel (car comme Bernd et Hilla Becher, ses sujets on l’air
abandonnés). Contrairement à nos Allemands, les œuvres de notre Pictavien ne
fonctionnent pas en séries, mais en solitaires. Car si les « Silos »
(toutes ces œuvres portent le nom de « Silo n° ») de Jean Pierre Potier
sont isolés dans la campagne comme d’étranges veilleurs, ils restent hors de
toute réalité grâce à un traitement pictural qui leur donne encore plus de
force et d’inquiétude. Là encore comme la maison d’Hitch, nous ne sommes pas
très loin de la peinture d’attente d’Edward Hopper. C’est cette inquiétude qui
nous porte à aimer ces Silos, étranges vestiges à la fois archéologiques et
futuristes. Là, on pense à Ardeur, le héros des frères Varenne qui en six BD et
dans un trait lugubre et dynamique, traverse une Europe ravagée par un conflit
nucléaire. Tel un bédéiste, ou un architecte Jean Pierre Potier travaille, pour
cette série au fusain, son image en plan et non en vertical comme un peintre
(même si nombres d’exceptions confirment la règles). 

Et alors quid
de la reproduction ou de la création ?
Car, outre le « catalogage » de silos que Jean Pierre Potier
dresse inlassablement comme une histoire de l’architecture industrielle
paysanne de nos campagnes industrieuses, un doute nous saisit… Et si tous ces
silos n’étaient que des hybrides (à l’image de leurs architectures mécanos)
sortis de l’imagination de Jean Pierre Potier ! Alors, tel un Piranèse,
qui, fasciné par les Plombs Vénitiens, imagine sa série des
Prisons, et en marge d’un MC Echer jouant avec notre vision, notre
artiste Picto-Charentais devenait l’architecte de robots industriels, plus
beaux que nature ? Citadelles propres à remplacer les forteresses
médiévales qui jalonnaient nos campagnes et veillait sur le voyageur !
Silos de Potier, qui avec la crise céréalière qui se profile dans une Russie en
feu, rappelleront aux français l’importance de leur campagne.
