Avec l’acharnement des époux Becher qui mettent en musique l’architecture industriel d’un temps révolus à force de photographies noir & blanc, Potier poursuit ses « Silos » comme Quichotte ses Moulins. Son trait leur donne une âme que nos regards redoutent mais que notre imagination appelle. Car l’art de Jean Pierre Potier les plonge au cœur de fictions incroyables, d’histoires cruelles et apocalyptiques dans une lumière de fin du monde, la fin d’un monde industriel (car comme Bernd et Hilla Becher, ses sujets on l’air abandonnés). Contrairement à nos Allemands, les œuvres de notre Pictavien ne fonctionnent pas en séries, mais en solitaires. Car si les « Silos » (toutes ces œuvres portent le nom de « Silo n° ») de Jean Pierre Potier sont isolés dans la campagne comme d’étranges veilleurs, ils restent hors de toute réalité grâce à un traitement pictural qui leur donne encore plus de force et d’inquiétude. Là encore comme la maison d’Hitch, nous ne sommes pas très loin de la peinture d’attente d’Edward Hopper. C’est cette inquiétude qui nous porte à aimer ces Silos, étranges vestiges à la fois archéologiques et futuristes. Là, on pense à Ardeur, le héros des frères Varenne qui en six BD et dans un trait lugubre et dynamique, traverse une Europe ravagée par un conflit nucléaire. Tel un bédéiste, ou un architecte Jean Pierre Potier travaille, pour cette série au fusain, son image en plan et non en vertical comme un peintre (même si nombres d’exceptions confirment la règles). JPP11.jpgJPP10.jpgJPP7.jpg Et alors quid de la reproduction ou de la création ?

Car, outre le « catalogage » de silos que Jean Pierre Potier dresse inlassablement comme une histoire de l’architecture industrielle paysanne de nos campagnes industrieuses, un doute nous saisit… Et si tous ces silos n’étaient que des hybrides (à l’image de leurs architectures mécanos) sortis de l’imagination de Jean Pierre Potier ! Alors, tel un Piranèse, qui, fasciné par les Plombs Vénitiens, imagine sa série des Prisons, et en marge d’un MC Echer jouant avec notre vision, notre artiste Picto-Charentais devenait l’architecte de robots industriels, plus beaux que nature ? Citadelles propres à remplacer les forteresses médiévales qui jalonnaient nos campagnes et veillait sur le voyageur ! Silos de Potier, qui avec la crise céréalière qui se profile dans une Russie en feu, rappelleront aux français l’importance de leur campagne.JPP9.jpgJPP8.jpg