Gosse de riche
Par Jean-Jacques Gay le samedi 7 août 2010, 16:46 - Expositions - Lien permanent
Gosse de peintre Beat Takeshi Kitano Fondation Cartier pour l’Art Contemporain jusqu’au 12 septembre 2010.
Le tapage médiatique de la star japonaise Takeshi Kitano revue et corrigée en plasticien naïf et provocateur fait long feu !…

Fort de 110 000 visiteurs cette exposition se révèle pourtant celle d'un gosse de peintre, devenu grâce à sa célébrité un gosse de riche dont les blagues de potache mise en scènes avec moult moyens financiers et artistiques par la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain donnent vie à un gigantesque spectacle populaire et populiste qui n’a, on le regrette, plus grand chose à voir avec l’art contemporain.
Pourtant le style picturale de ce gigantesque acteur et réalisateur du cinéma nippon et international vient tout de même nous surprendre et nous laisse entrevoir le gosse de peintre qu’il est resté. En effet ses immenses toiles reproduites en transparent et collées sur les murs de verre de la fondation, apportent une aura mystique et esthétique inédite. Ces "Vitraux du troisième millénaires" sont à peu près la seule surprise de cette exposition, car ils magnifient un Style Kitano composé de peintures naïves (dont les originaux sur toiles sont exposés au sous-sol) et colorées surgies comme des nouvelles icônes qui magnifient le bâtiment de verre de Jean Nouvel.

Mais que fait la Fondation Cartier dans cette galère ?…
Cette institution qui nous a toujours surpris par sa rigueur et son
avant-gardisme, par ses choix et des points de vues artistiques jamais
attendus, nous déçoit ici, avec une exposition qui est paradoxalement un grand
succès médiatique et populaire, mais qui ne peut faire date dans le catalogue
au combien glorieux du boulevard Raspail. Que fait ici la Fondation Cartier en
produisant cette exposition de gosse de riche. Un Sacré gosse qui pour nous
européen est un génie du cinématographe, mais qui pour ses compatriotes est
Beat Takeshi, un amuseur publique télévisuel, une star du petit écran, un
Coluche matinée de Nuls et de Lagaffe. Et si Cartier nous montre les meilleures
émissions de Beat Takeshi Kitano, sous la forme de cirques ou
de défis, ça en reste affligeant de bêtise et de blagues de potaches. C’est
d’ailleurs ces blagues de sous sol qui nous ramènent au rez-de-chaussée et aux
installations les plus inintéressantes comme Hideyoshi (machine à
coudre modèle Kitano), ou le dernier modèle présenté en avant première du
« siège automobile le plus sûr du monde ». Alors bien sur il reste
« les raisons de l’extinction des dinosaures mises au jour par de
nouvelles découvertes scientifiques » qui nous fait sourire ou
l’installation Probabilité du hasard… mais tout ça pour ça ! On
en est à se demander si tout ça en vaut vraiment la peine.

Bien sur oui ! Dira Cartier, qui valorise ses expositions selon
l’impact médiatiques de ses expositions. Ceci en fonction de la page de pub par
rapport à un article dans la presse. Gros succès diront-ils en regardant aussi
la billetterie, peut-être même plus en regardant le coefficient de pénétration
du marché Asiatique de Cartier et de Richemont (sa maison mère, 2ième mondiale
dans le luxe). Car "la Fondation…" n’est pas qu’une « danseuse », c’est
aussi un vecteur de pénétration des marchés et des médias internationaux pour
Cartier et à ce titre, un rang et sa pertinence à tenir dans le monde de l’art
contemporain.. Entre aura médiatique et reconnaissance du monde de l’art, la
fondation entretient depuis plus de 20 ans un équilibre qui fait beaucoup
d’envieux. Avec Gosse de peintre forte de son succès populaire elle
devrait tout de même faire attention de ne pas entamer son prestige. Car n’est
pas Kitano qui veut, et cette exposition décrite comme une « série de
rêves » apparaît comme une expos de « gosse de riche », une
exposition bling bling, un cirque artistique, une fête foraine obscène où le
spectaculaire mouton à 5 pattes passe avant la sensation pure de l’art qui est
juste… « de nous montrer ce que nous n’avons pas vu ! ». Et même si
Kitano sait être un grand artiste, il ne s'en contente pas ! et là, des
fois ça coince ! :) 