La jeune fille et la mort… à Bordeaux
Par Jean-Jacques Gay le mercredi 9 juin 2010, 00:30 - Actualité - Lien permanent
"La jeune fille de Bordeaux de Christian Boltanski à travers l'exposition la vie saisie par l'art'' Jusqu'au dimanche 21 novembre 2010 au CAPC de Bordeaux.
Le CAPC de Bordeaux est un grand vaisseau dédié à l'art contemporain qui a et à eu ses heures de gloire et ses scandales !
Oeuvre majeure de la collection du CAPC , cette "jeune fille de Bordeaux" vue par Boltanski a été visitée par Kenny Leguier (étudiant artiste à l'EESI) qui nous en livre ici son regard critique.
En route pour le CAPC… avec Kenny et sa rencontre avec
la jeune fille… vue par… Christian Boltanski :
L'oeuvre permanente sur la Jeune fille de
Bordeaux montée par Christian Boltanski au CAPC (musée d'art contemporain
de la ville de Bordeaux) regroupe une collection d'objets ayant appartenu à une
jeune inconnue habitante de la capitale de la Gironde. Ici, ce qui frappe
d’abord est l'attention accordée à chacun de ces objets sur presque 17 années
(de 1973 à 1990). En effet cette multitude d'objets et bidules, qui vont du
simple courrier, en passant par les stylos et autres livres et revues, nous
impressionne autant par la cohérence et l'obstination avec laquelle ils ont été
réunis que par leurs imposantes quantités.
<< Ici, ce qui frappe d’abord est l'attention accordée à chacun de ces
objets sur presque 17 années (de 1973 à 1990). En effet cette multitude
d'objets et bidules, qui vont du simple courrier, en passant par les stylos et
autres livres et revues, nous impressionne autant par la cohérence et
l'obstination avec laquelle ils ont été réunis que par leurs imposantes
quantités.
Cette exhibition d'articles plus ou moins intimes
(sous-vêtements, chaussures...) peut faire penser à une œuvre traitant du
voyeurisme, ou même du fétichisme, car Boltanski réussit à déposséder cette
jeune femme en lui prenant des éléments qui ont partagé sa vie et en les
transformant en icônes. Ainsi se succède les 200 objets présentés tel un
inventaire des matières en tout genre, leurs points communs résident dans
l'appartenance à la même et unique personne au cours de ses années de vie. En
analysant dans les moindres détails tout ces éléments, on se rend justement
compte de la vanité de ses choses. Objets vulgaires qui nous accompagnent
durant un moment puis nous abandonnent d'une manière ou d'une autre (en
s'usant, en se détériorant ou simplement parce qu'on ne veut plus les
garder) ; et c'est peut-être là l'une des thématiques que l'artiste
Français Boltanski a souhaité explorer : notre relation intime avec les
objets ordinaires de notre quotidien à travers le temps. C'est justement là que
ressort la capacité et le talent de Christian Boltanski qui consiste à
s'approprier les objets d'inconnus pour leur donner un second souffle. Depuis
ses débuts avec les installations au cours des années 1970, cet artiste
français a fait de son œuvre une exploration des souvenirs où se mêlent
l'imagination et l'émotion du spectateur. Une réel implication où le spectateur
d'un instant observe, et se projette dans une « réalité » reconstitué
d'éléments mnémoniques qui ont perduré dans le temps et sont de ce fait les
témoins du passé, les survivants de notre mémoire. De Réserve en 1990 en
passant par les archives de C.B en 1989, Boltanski n'a jamais caché ses
motivations artistique, d'ailleurs il déclare « j'ai décidé de m'atteler
au projet qui me tient à cœur depuis longtemps : se conserver tout entier,
garder une trace de tous les instants de notre vie, de tous les objets qui nous
ont côtoyés, de tout ce que nous avons dit et de ce qui a été dit autour de
nous, voilà mon but » dans l'édition originale de Recherche et
présentation de tout ce qui reste de mon enfance, parut en 1944-1950.
Ici, c'est une légère sensation de gêne voire même
d'incompréhension qui peut naître, car l'on observe des objets toujours plus
secrets qui tirent leurs forces non pas d'une personnalité, ou d’un événement,
historique, mais d'une personne anonyme. Une simple citoyenne parmi tant
d'autres ayant vécu avec ses choses. Il émane alors de ce côté
« fétichiste » une sacralisation des éléments exposées, à l'image de
ses lettres qui révèlent un peu plus sur sa personnalité.
Et si on peut également ressentir une certaine empathie
pour cette jeune fille, l'ensemble des objets lui ayant appartenu ont un
certain charme celui d’une histoire collective. Ce travail d'orfèvre mené
minutieusement par Boltanski est alors fascinant par les messages qu'il
véhicule, mais aussi par la cohérence de sa mise en scène recréant au final la
tranche de vie d'une jeune femme ordinaire, dans son appartement ordinaire,
comme pourraient l’être chacun de nous.
Commentaires
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