<< Ici, ce qui frappe d’abord est l'attention accordée à chacun de ces objets sur presque 17 années (de 1973 à 1990). En effet cette multitude d'objets et bidules, qui vont du simple courrier, en passant par les stylos et autres livres et revues, nous impressionne autant par la cohérence et l'obstination avec laquelle ils ont été réunis que par leurs imposantes quantités. JF2.jpg JF6.jpg Cette exhibition d'articles plus ou moins intimes (sous-vêtements, chaussures...) peut faire penser à une œuvre traitant du voyeurisme, ou même du fétichisme, car Boltanski réussit à déposséder cette jeune femme en lui prenant des éléments qui ont partagé sa vie et en les transformant en icônes. Ainsi se succède les 200 objets présentés tel un inventaire des matières en tout genre, leurs points communs résident dans l'appartenance à la même et unique personne au cours de ses années de vie. En analysant dans les moindres détails tout ces éléments, on se rend justement compte de la vanité de ses choses. Objets vulgaires qui nous accompagnent durant un moment puis nous abandonnent d'une manière ou d'une autre (en s'usant, en se détériorant ou simplement parce qu'on ne veut plus les garder) ; et c'est peut-être là l'une des thématiques que l'artiste Français Boltanski a souhaité explorer : notre relation intime avec les objets ordinaires de notre quotidien à travers le temps. C'est justement là que ressort la capacité et le talent de Christian Boltanski qui consiste à s'approprier les objets d'inconnus pour leur donner un second souffle. Depuis ses débuts avec les installations au cours des années 1970, cet artiste français a fait de son œuvre une exploration des souvenirs où se mêlent l'imagination et l'émotion du spectateur. Une réel implication où le spectateur d'un instant observe, et se projette dans une « réalité » reconstitué d'éléments mnémoniques qui ont perduré dans le temps et sont de ce fait les témoins du passé, les survivants de notre mémoire. De Réserve en 1990 en passant par les archives de C.B en 1989, Boltanski n'a jamais caché ses motivations artistique, d'ailleurs il déclare « j'ai décidé de m'atteler au projet qui me tient à cœur depuis longtemps : se conserver tout entier, garder une trace de tous les instants de notre vie, de tous les objets qui nous ont côtoyés, de tout ce que nous avons dit et de ce qui a été dit autour de nous, voilà mon but » dans l'édition originale de Recherche et présentation de tout ce qui reste de mon enfance, parut en 1944-1950. JF5.jpg Ici, c'est une légère sensation de gêne voire même d'incompréhension qui peut naître, car l'on observe des objets toujours plus secrets qui tirent leurs forces non pas d'une personnalité, ou d’un événement, historique, mais d'une personne anonyme. Une simple citoyenne parmi tant d'autres ayant vécu avec ses choses. Il émane alors de ce côté « fétichiste » une sacralisation des éléments exposées, à l'image de ses lettres qui révèlent un peu plus sur sa personnalité. JF4.jpg Et si on peut également ressentir une certaine empathie pour cette jeune fille, l'ensemble des objets lui ayant appartenu ont un certain charme celui d’une histoire collective. Ce travail d'orfèvre mené minutieusement par Boltanski est alors fascinant par les messages qu'il véhicule, mais aussi par la cohérence de sa mise en scène recréant au final la tranche de vie d'une jeune femme ordinaire, dans son appartement ordinaire, comme pourraient l’être chacun de nous.