~ Ta garde/2010
Par Julien Celle le lundi 24 mai 2010, 14:42 - Maintenance/Bianchini - Lien permanent
Maintenance, jusqu'au 4 juin à l'EESI Poitiers, renseignements sur
le site de l'EESI.
Présenté dans un premier temps sur internet en 2000 puis en installation en
2004 au Palais de Tokyo-Site de création contemporaine et donc en 2010 à
l'École Européenne Supérieure de l'Image, le dispositif Ta garde
nous donne l'occasion de revenir sur l'une des raisons qui a motivé cette
exposition et que nous retrouvons aussi bien dans le terme de maintenance que
dans celui de versionnalisation (voir billet
du 16 mai 2010 par Jean-Jacques Gay).

Dix années s'étant écoulées depuis sa conception, exposer à nouveau Ta garde relève à la fois d'un défi (technique comme technologique) mais aussi d'une logique interne propre aux travaux de Samuel Bianchini. Précisons ce que nous entendons par là...
Ta garde, de même que Sniper, fait partie d'une série de travaux intitulée Dispn, c'est-à-dire dispositifs exposant n. Ce qui revient à dire que ce dispositif-là comme ceux qui composent la série en question sont déclinables en fonction des pratiques des spectateurs mais aussi d'une logique interne propre à l'oeuvre. Pratiques des spectateurs tout d'abord dans la mesure où cette déclinaison peut effectivement s'entendre comme la multiplicité de scenarii possibles -chacun des spectateurs ayant un comportement différent. Logique interne ensuite puisque ces déclinaisons et variations peuvent tout aussi bien renvoyer à une amélioration, pour ne pas dire à une mise à jour -une upgrade- du dispositif. Ce dernier point amène avec lui son lot de contraintes dans la mesure où il ne s'agit pas simplement de proposer de nouveau une pièce déjà éprouvée mais bien davantage d'optimiser celle-ci en vue de sa mise en oeuvre par les spectateurs -nous voyons alors combien ce que nous avons distinguer de façon artificielle (pratique des spectateurs et logique de l'oeuvre) est en fait intrinsèquement lié dans le cas présent. Ce qui nous amène au fonctionnement de Ta garde.

Quelque soit la 'version' présentée le principe reste
le même : deux images distinctes sont disposées côte-à-côte : chacune d'elle
nous montre un boxeur immobile sur un fond identique -en l'occurrence un ring-
de telle sorte que nous ayons l'impression d'un combat par images interposées
: Ta garde nous donne effectivement à voir un combat. En outre,
c'est, nous en tant que spectateur qui par nos actions -avec une souris dans
les premières versions puis sur une dalle tactile dans la présente
exposition- activons ledit combat : pour le dire rapidement, c'est en
déplaçant le curseur sur l'un ou l'autre des personnages que
ceux-ci s'animent. Or, c'est dans la mise en oeuvre de ce combat que nous
éprouvons quelques difficultés dans la mesure où son fonctionnement va
précisément à l'encontre de nos réflexes. Par exemple, lorsque nous désignons
par l'intermédiaire du curseur le boxeur dans l'image de gauche, ce n'est pas
ce dernier qui esquisse un mouvement mais son vis-à-vis sur l'image de droite.
Autrement dit, il n'est pas rare de lire sur le visage des spectateurs une
incompréhension ou une interrogation sur le fonctionnement du dispositif tant
nous sommes pris au dépourvu par son fonctionnement. À cet égard, l'injonction
contenue dans le titre de l'oeuvre ne s'adresse pas tant aux boxeurs que nous
animons étant donné que nous ne saurions les réunir sur une même image -il est
d'ailleurs plus judicieux in fine de qualifier leurs mouvements non
pas de combat mais de parade- qu'aux spectateurs, c'est-à-dire nous. Non
seulement, il nous faut être d'une grande vigilance dans façon de manipuler
Ta garde tant nous éprouvons des difficultés à maintenir inversée
notre coordination main/regard -a fortiori lorsque nous voulons que les boxeurs
se déplacent vite- mais en outre, c'est nous qui sommes visés par l'un et autre
des personnages. Situé entre les deux images, c'est à nous que s'adressent
leurs parades : d'un combat à deux nous sommes passés à un combat à trois,
raison de plus pour rester vigilant.
Cette version de Ta garde joue de manière peut-être plus explicite encore que les versions précédentes sur les comportements des spectateurs : leurs façons d'appréhender cette pièce, notamment dans l'espace, leurs hésitations et appropriations le cas échéant.
Ta garde
Série des Dispn
Dispositif interactif sur le web et installation, depuis 2000
Samuel Bianchini
Développement informatique de la version "web" : Christophe Salaün [Icono]
Développement informatique de la version "installation" : Alexis Amen [Opixido-Piloti]
Développement informatique de la version "Maintenance" : Oussama Mubarak
Photographies Samuel Bianchini
http://www.dispotheque.org/tagarde/