Premiers constats : de ce côté-là, la cloison se prolonge en un mobilier légèrement surélevé suffisamment large pour accueillir une personne ; par ailleurs, sur ce versant là se trouve un écran sur lequel rien n'est visible si ce n'est un curseur mais nous ne trouvons ni souris, ni trackpad : juste un écran dont nous comprenons aisément qu'il est tactile -comme la plupart de ceux qui composent cette exposition. Assis face à cet écran, sans repères ni visibilité aucune, nous sommes donc amenés à déplacer nos doigts sur la surface de l'écran de droite à gauche puis de haut en bas de telle sorte que nous déclenchons, de façon involontaire dans un premier temps, des sons que nous identifions immédiatement comme ceux du cri et de la frappe d'un joueur de tennis. Nous ne tardons pas à comprendre alors de quelle façon nous devons procéder pour mettre en oeuvre ces différents sons : de la même manière que les sons émis peuvent nous renvoyer à l'univers du tennis, la disposition de l'écran -en mode portrait et non en mode paysage- peut également nous faire penser à la forme d'un court de tennis -mais cela pourrait tout aussi bien être un miroir, nous y reviendrons. Dès lors, nous recréons ce qui nous semble être les échanges d'un match de tennis : en parcourant la surface de l'écran de haut en bas, plus ou moins vite, chacune de nos actions ayant pour conséquence  de produire à nouveau un son qui nous paraît de plus en plus familier - les sons, comme les gestes, se répétant de plus en plus.

En effet, après certains échanges, nous sommes amenés à la conclusion que les différents sons que nous réactivons du fait de notre gestuelle sur l'écran sont le fait d'une seule et même personne qui ne fait qu'échanger avec elle-même. Pour continuer avec la référence au tennis, la situation est comparable à celle d'un joueur qui s'entraînerait seul contre un mur. Aussi la dualité ou l'antagonisme que nous pensions réactiver à chacun de nos va-et-vient n'en est pas un, cette mise en oeuvre n'étant in fine que l'analogon numérique de notre propre situation : nous aussi nous jouons seul. Confronté à ce que nous avions interprété dans un premier temps comme une référence à la forme d'un court de tennis, il semblerait que la disposition de l'écran en mode portrait -ce qui est loin d'être anodin en l'occurrence- nous ramène davantage au miroir dans lequel nous nous regardons en espérant y trouver autre chose que nous-mêmes sans avoir d'autre réponse que notre propre reflet.

Profitons également des quelques réactions que nous avons  de la part des spectateurs pour étendre plus encore la portée de ce dispositif. Nombreux sont ceux qui ont vu l'installation qu'après un détour, ce qui occasionne un nombre certains de remarques comme "je ne l'avais pas vu" ou encore "ah, y a quelque chose là !". Ce sur quoi nous souhaitons attirer l'attention ici relève davantage de l'ambivalence des sons que nous activons. S'il est certain qu'ils renvoient au domaine sportif et en l'occurrence au tennis, l'expérience montre qu'un certain public -masculin et plus encore adolescent ou pré-adolescent- attribue explicitement aux sons en question une charge sexuelle. Les échanges ne simulent alors plus un duel sportif mais les ébats sexuels. Chose singulière à signaler, dans le présent cas de figure, nous avons pu voir un petit groupe de garçons amassés devant l'écran reproduisant à leur tour les sons en question -"il a fait 'ah!' "- quand les quelques filles du même âge présentes dans la salle au même moment n'ont jamais daigné se joindre à leurs collègues ni même  voir ce qui était en jeu avec ce dispositif une fois ceux-ci partis -ou comment ces deux groupes se sont définis  de façon radicale (en s'isolant les uns les autres : les garçons d'un côté, les filles de l'autre, seuls et seules serions-nous tenté de dire) du fait même de la mise en oeuvre du présent dispositif.




seul à seul

Dispositif interactif sur le web et installation, depuis 2002
Samuel Bianchini

Développement informatique de la version "Maintenance" : Oussama Mubarak
Photographies Samuel Bianchini

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