"…Entre lit et miroir, lieu de l’onirisme qui transcende le corps immobile. Vingt-six toiles, les premières aux traits simples, essentiels, puis les années filent et Frida prend de l’assurance, épouse Riviera, bonheur et de nouveau les drames, la vie s’échappe et se retrouve au mur. Coups de brosse, carnets à l’esthétique brutale. Pas de concession.

La maladie de l’enfance, à six ans, la destine à des études médicales mais c’est aux suites d’un accident de tram en 1925 que Frida Kahlo deviendra, par désespoir de cause, la peintre mexicaine reconnue aujourd’hui internationalement. C’est cependant aux dernières années qu’une telle reconnaissance lui sera octroyée. Musées, critiques, médiatisation s’enivrent pour le destin d’un être humain et sa création nous confrontant à ce que nous sommes, êtres de viandes pourvus de fantasmes.

Un jour parmi d’autres, disons, jeudi. Bruxelles et l’hiver emporte au sein du grenier pré fabriqué une myriade d’individus, venu contempler « pour de vrai » la fragilité d’une femme, qui sublime la douleur au regard de tous. Mexique ! Couleur ! Voilà davantage ce que l’on retient de la thématique hivernale consacrée à la culture d’un pays où la mort côtoie les danses et le sourire masqué, enflammés de lumière. Réchauffe le coeur de Frida Kahlo ! Parce qu’ici, on a souvent l’âme grise, même sans béquilles ni plâtre. Faire voir, juste comme ça, ce qu’il y a de beau et même, au pire, de vital. Sans complaisance, mais pour être encore avant les derniers jours.

Frida Kahlo est aussi l’artiste peintre d’un siècle d’idéaux, naïveté feinte dans la clairvoyance extrême d’une création capable d’enfreindre les règles de l’intellectualisme au profit d’un art viscéral, où elle progresse au fil du temps, précisant le réalisme, symbolisant l’image pour qu’il demeure en nos consciences l’au-delà spirituel. Malheur d’un être qui invite au spectacle hallucinant des renaissances, une femme au masque fragmenté nous offrant, l’espace d’un transfert transcontinental en vingt-six exemplaires, l’authentique rage de vivre. "

Alexandra Gaudechaux image_60471264.jpg