Au début, il y avait ce Grand Palais, structure de fer, de verre et de lumière construite en 1900, rénové à grands frais il y a quelques années. Espace monumental en plein Paris, vitrine culturelle et patrimoniale qu’il fallait absolument mettre en lumière. Alors vint Monumenta qui proposa à Kieffer puis à Serra d’exposer leur art dans ce bel écrin. Beau, mais grand, lumineux mais désolé, le Grand Palais est un cadeau empoisonné qui propose une exposition médiatique hors du commun pour un lieu hors du commun et une événement qui est plus un tour de force de scénographie qu’autre chose. Un artiste international occupe ce monument parisien pour créer un monument culturel que le monde entier nous enviera.

 

Aujourd’hui Christian Boltanski réussi ce tour de force en imaginant PERSONES : un Vel D’hiv moderne, un monument aux victimes de nos jours les plus noirs, une œuvre que chaque visiteur pourrait vivre au plus profond de lui même dans le froids et l’absence. Entouré de spectres nés de ces tonnes de vêtements abandonnés et mis en scène, immergé dans l’œuvre, chacun peut expérimenter l’œuvre.

  

Alors ce nouvel essai marqué par le ministère de la culture et de la communication offre tout de même un bémol de taille, celui de mélanger politique et culture au sein de la communication artistique. En effet qu’elle ne fut pas notre surprise, en lisant le numéro spécial sur Monumenta du journal libre et indépendant ArtPress, et d’y voir son éditorial signé par le ministre Frédéric Mitterrand !!!!! A chacun de se poser les questions que sa morale lui dicte et de trouver les réponses de ce regrettable mélange des genres… Alors que la DAP et le Ministère venaient de réussir leur examen de passage, et de légitimer leur Monumenta (dure alchimie entre pouvoir et art, entre culture et communication) aux yeux de tous, ce détail, cette goutte d’eau, fait lamentablement échouer la prouesse institutionnelle. Un ministre ne peut-être éditorialiste dans un journal indépendant, sauf dans certains pays… qui ne sont pas des démocraties !!! Enfin c’est ce qu’on disait ! Et donc, si cette troisième édition de Monumenta est un succès pour Boltanski et la communication d’un ministère… il est à craindre que la presse artistique française n’ait du mal à s’en relever… mais ce n’est sans doute qu’une question d’argent ?