Né sous X (suite)
Par Jean-Jacques Gay le mardi 22 décembre 2009, 18:46 - Evénement - Lien permanent
De retour de la biennale de Lyon, le spectacle (n') a (pas) eu lieu… et de
grandes déceptions côtoient les vraies découvertes. Ce qui explique en partie
le retard de ce billet… 

Du point de vue de cette DiXième Biennale de Lyon notre monde de l’art
contemporain Français semble à la fois avant-gardiste et bien triste.
Triste car la vitalité artistique est conduite par une noria
de plasticiens jeunes ou moins jeunes en provenance des pays émergents.
Avant-gardiste car ces artistes manipulent des concepts venues
d’une Europe, ou d’un occident, toujours créatif mais sclérosé par un marché
dictatorial (qu’il soit public ou privé). Ces concepts revus et corrigés,
descendent de Fluxus, de Support Surface des nouveaux réalistes ou d’artistes
en vogue tels que : Lévèque, Vaillant, Mercier, Barbier et Hyber… un
savoir montrer qu’ils ont pu sublimer grâce à une culture propre,
heureusement pour eux, pas encore récupérée par la mondialisation d’une
esthétique convenue et commerciale. Pourtant le résultat est décevant, et cette
biennale malheureusement résumée au "carnet d'adresse" de son commissaire…




Mais les grandes désillusions de cette biennale sont des accrochages et
scénographies spectaculaires d’où il ne surgit aucun spectacle. Peut-être que
celui ci était réservé au vernissage et aux journées professionnelles !!? Il en
résulte des espaces d’exposition en déshérence, où une pièce comme celle de
Sarkis (L’Ouverture 2009 ) fait un grand flop et où
(par exemple) l’œuvre de Jimmy Durham (représentée par
Regarde 2009 et Thinking of you 2008 ) passe pour un
accessoire technique sans cartel, éclairage où espace pensé… On a peine à
reconnaître le grand savoir faire de Hou HANRU qui reste dans cette biennale
comme une extension de son carnet d’adresse. Mais de ce X surgit tout de même
des grands bonheurs comme … Shilpa Gupta (inde) ressussée
Duchampienne, ready made moderne, la sculpture de cet indien va encore
plus loin en marquant le dérèglement contemporain d’un simple ready made :
volet de portail électrique automatique dont la force d’ouverture ou de
fermeture attaque la cimaise sur laquelle il est fixé.
Cerise sur le gâteau, ce portail en fer forgé joue avec son
ombre portée et crée une œuvre cinétique. Une œuvre originale qui va vivre tout
au long de la biennale en attaquant chaque jour un peu plus la cimaise qui se
fend, s’écaille et va tomber en morceau. Gageons que le portail ne s’effondre à
trop attaquer son support. Lin Yilin (chine) présente le film
d’une performance et navigue lui aussi dans une réadaptation de performance
fluxo militante.
Un homme menotté
Poignet/Cheville, évolue dans des lieux publiques. Proposant une dénonciation
d'une libertée d'expression muselé par un pouvoir politique. Avec cette
question : le chinois est-il un citoyen du monde comme les
autres ?
Dan Perjovschi (Roumanie) nous offre des murals de
graphismes à la craie blanche tracés sur des cimaises recouvertes de peintures
ardoise. Des dessins qui ne manque ni d'ironie ni de fraîcheur et animent cette
terne biennale. 
Bien sur entre les stars comme Sarah Sze
(USA) qui nous revient avec un planètarium new age de de bric et de brac, on
retrouve les ethniques officiels comme la marocaine Latifa
Echakhch et ses gravures sur linoléum. La grande salle des jonglages
du japonais Michael Lin , est impressionnante. Ce jongleur fou
s'amuse avec n'importe quel objet et présente une suite de vidéo où, et c'est
dommage, cirque et performance annihilent leur pertinence. Contrairement à
Pedro Retes (Mexique) dont le concept décliné en performance
dont le résultat présente un ready made minimal très cohérent.



Cette pièce qui se présente comment une collecte d'arme dont
les matériaux métal et bois ont été transformés en pelles qui vont servire à
planter des arbre. Si cette pièce fait le tour des grandes expositions, sa
présence à Lyon apporte tellement de boheur à cette biennale qu'on en
redemande. Entre le funérarium du chinois Yang Jiechang
(encore) tel un ossuaire de céramique, monument d'un hypothétique génocide.
l'armée mécanique de l'indonésien Jompet
Kuswidananto, les grands dessins du turque Ceren
Oykut ou les néons du portugais Pedro Cabrita Reis
sur la sucrière et aux entrepôts Bichat. 

Les Pièces les plus surprenantes de toute cette biennale furent sans doute
les fragiles structures du japonais Takahiro Iwasaki dont les
sculptures, grues ou poteaux électriques, venaient phagocyter des objets
usuels, respectivement structures de livres ou vallons de foulards. Un travail
qui nous entraîne dans un gullivérisme et une réflexion propre à nous
replonger dans nos rêves d'enfant.


Cette pièce et celle du chinois Tsang Kinwah, douche de typographies vidéographiques rouges furent à même de nous faire imaginer une nouvelle façon de voir le monde, de vivre l'art de notre temps. On a eu chaud… car c'était pas gagné.