Beaucoup d’événements mythiques ont habités les espaces du Confort Moderne. S’il ne fallait en citer qu’un, ça serait peut-être la piscine de James Turrell en 1992. Mais c'est en oublier bien d’autres. Aujourd’hui Yann Chevalier imagine ces deux présentations monographiques croisées avec une grande audace. Résultat une nouvelle exposition qui fera date. La recette du Confort Moderne : inviter les artistes à travailler à des création in situe. Les faire venir sur cette colline de Poitiers en « résidence » courte afin de construire avec les équipes du lieu, de nouvelles pièces. Avec Ganivet pas de problème, ces « caténaires », comme par magie, vont transformer une palette de parpaings en arches post-modernes. Travail mainte et maintes fois réalisé avec virtualité selon le principe de la chainette. Vincent Ganivet rejoue ce concept architectural des voutes ancestrales, et la matière brute et froide devient… une structure imposante dont le maintien provoque l’étonnement. L’équilibre et le renfort de petites cales vertes deviennent ainsi les pièces maîtresses de ces sculptures improbables. Car si les pièces Raffinerie et Poteau sont plus du type « usine à gaz », Caténaire joue avec l’aérien, avec la magie, avec notre envie d’art éphémère et nouveau.    Mais ce qui est surprenant chez Ganivet c’est non seulement le montage de ses Caténaires, mais comme ils sont réalisés, la façon dont ils sont conservés et surtout commercialisés. Avec SA chaînette Ganivet trace des arcs dont il fabrique des gabarits. Ces gabarits en bois vont soutenir ses parpaings entrecoupés par des petites cales qui apportent la courbure à ces produits industriel bruts. La sculpture montée, l’artiste enlève le gabarit et l’arc tient tout seul. C’est le principe de la clé de voute. L’exposition terminée, il va démolir sa pièce qui va retourner à l’état de palette de parpaing et aller participer à l'élévation de résidences secondaires…

Mais que reste-t’il à l’artiste ? Son seul gabarit, qu’il peut vendre avec un plan de montage afin que l’acheteur, le collectionneur, reconstruise, où il veut, la sculpture virtuelle qu’il a acheté. Ainsi des coréens lui ayant acheté une pièce, Vincent Ganivet a eu la surprise de voir qu’ils avaient réalisé sa pièce avec des parpaings coréens. Les Caténaires de Ganivet peuvent donc avoir plusieurs vies au grand contentement de ce fils de maçon toujours à l’affut de nouveaux challenges. Et lorsque cet art brut mais subtil est confronté aux sculptures seventies de Lang/Bauman, on pouvait s’attendre à un accident d’art, mais ce fut un Bel Accident de créations conjuguées. Nos trois artistes ont monté leur exposition de concert, main dans la main, s’épaulant. Et c’est tout naturellement que les Beautiful steps #3 et #4 ont fait jeu égal dans l’art du surprenant.  Sabina Lang et son compagnon Daniel Baumann affichent une seule signature L/B au sein d’une petite entreprise familiale, coopérative suisse aux secrets de fabrication jalousement gardés. Leur crédo : « construire un monde plus beau, plus confortable, plus doux, plus rond, plus coloré tout en élaborant une œuvre radicale et rigoureuse » . Et là on retrouve ces Suisses partout, dans les foires, les musées, les expositions. Car ils ont su s’approprier un design seventies sans concession pour en tirer des objets et des formes étrangement innovantes. Ainsi les magnifiques Beautiful Steps construits dans la galerie, pièces gigantesques en bois peint et suspendus aux plafonds des hangars du Confort Moderne nous emmènent dans un monde à la fois connu et hasardeux. Connu, car ces escaliers inabordables sont tels des modèles 3D réalisés par ordinateur et autour desquels on peut tourner. Hasardeux, car ils projettent sur nous un Gulliverisme qui nous renvoient aux comtes d’Alice ou des frères Grimm et nous transportent dans un monde virtuel. Et lorsque dans la galerie ce monde virtuel rencontre le factuel de la sculpture tout tourne autour de nous. Et cet escalier, structure somme toute banale et usuelle, devient un vecteur de voyage.    Alors lorsque ces Beautiful Steps entrent en collision avec les Caténaires, Le Bel Accident nous immerge dans l’art, celui qui projette nos racines vers notre avenir à travers un voyage des sens et des désirs.*