La vitesse réduit l’espace, « l’ami devient le lointain et l’ennemi est le voisin » professe Paul Virillo depuis les années 80 et l’expansion grandissante du numérique, d’internet et des technologies de l’information. Pourtant Paul reste un homme de proximité (son travail peu connu avec les sans abris est exemplaire). De son côté, son compère, Raymond Depardon avec ses nombreux tours du monde et son film Afrique, Comment ça va la Misère, où du Cap à la cour de la ferme de ses parents, il scrutait ses racines, nos racines, et le temps qui passe… Raymond est un taiseux. De leur rencontre, en ce début de millénaire est née Terre natale. Une exposition manifeste qui montre et démontre l’urgence de faire quelque chose pour notre terre natale. Et si les simulations pédagogiques de Virillo allient nouvelles technologies et écologie du discours, si les installations de Depardon mélangent dispositifs et installations, une seule pièce vaut le détour : Donner la Parole. Image_5.jpg Image_6.jpg Image_7.jpg Image_8.jpg Image_9.jpg Image_10.jpg Image_11.jpg

« Je fais du "Regardé". Et si je suis un artiste, dans tous les cas, je suis un artiste du regard. Ce que l'on me demande, c'est de regarder et de rendre, de transmettre, de passer. J'ai eu beaucoup de mal à m’y faire, mais je suis un regardeur, un regardeur professionnel. » Ainsi parlait Raymond, il y a quelques années. Aujourd’hui, avec Terre Natale le regardeur écoute, écoute les hommes autour du monde, écoute la terre lui parler. Et là assis devant cet écran géant face à ces hommes et ces femmes du monde, qu’ils soient coréziens, amazoniens, amérindiens, africains, patagoniens, etc… on les écoute, eux qui sentent, comme nos deux compères, que leur terre natale meurt inextricablement. Lors de sa première exposition à la Fondation Cartier, Raymond Depardon disait que dans son travail « l'idée de la caméra de surveillance ne me dérange(geait) pas. » et c’est aujourd’hui ce qu'il met en pratique : une surveillance du monde. Avec leur réflexion et leurs images Depardon et Virillo, plus qu’un état des lieux, nous proposent à nous tous de surveiller la terre, tous les jours dans notre tête et dans notre quotidien de terrien.

Terre Natale Jusqu’au 15 mars 2009 fondation cartier pour l’art contemporain, renseignements : www.fondation.cartier.com