Pour entrer, il n’y a qu’à se laisser emporter par le tableau de Umberto Boccioni, choisit comme emblème de l’exposition. Le mouvement, l’exaltation des machines, la modernité, la vitesse ! On dilate grand ses pupilles pour deviner les moteurs cylindriques et vrombissant, le délire des nouveaux lieux d’échanges, l'effusion électrique des rencontres, les gares de fers forgés, la philosophie de Bergson dissipée par un nuage de fumée assourdissante. On essaie de comprendre la virulence de leur rejet à l’égard des traditionnels nus peinturés, des conventions de proportionnalités, de motifs. On pense « Aux *égouts les symbolistes! » il faut en finir avec « l’harmonie » et « détruire Montmartre ! ». Atteindre le flux de l’existence par la forme et une violence manifeste dans l’action de créer. Si le futurisme est l'un des mouvements d'avant-garde qui a le plus choqué, il prône pourtant l’amour…mais, de la vitesse, de la machine, de la brutalité « comme seule hygiène du monde ». La_revolte__Luigi_Russolo__1911.jpg

L’exposition s’en tient d’ailleurs à la première période de l'avant-garde, avant la Première guerre mondiale et la poursuite du mouvement, relégué dès 1915 à des fins politiques controversées dans l'Italie fasciste. Filippo_Tommaso_Marinetti.jpg Parmi les influences qui inspirèrent les artistes du futurisme, qu’il s’agisse de rejet ou d’affirmation, nous est proposée sa confrontation avec le Cubisme. Et voici la seconde caractéristique de cette exposition : d’y « opposer » les œuvres de Boccioni, Carrà, Severini, à celles de peintres cubistes parmi les plus célèbres : Picasso et Braque. Le principe est intéressant et l’installation , malgré ce que la presse peut en avoir dit, pertinente et fluide.

Un public amateur aura surtout apprécié l’opportunité de découvrir des créations ayant déboulonnées le « vieux monde » des classiques, et, par ce chemin, annoncées les fondements de l'art conceptuel (que pensez-vous du Nu descendant l’escalier d’un certain Marcel Duchamp ?). Ce cher art du concept… dans lequel nous nageons encore aujourd’hui. Eclats_de_lumiere__Kupka__1910-1913_.jpg les_futuristes_italiens_en_pose_manteaux.jpg « Le Futurisme à Paris » est une exposition providentielle qui non seulement offre une vitrine prestigieuse et éloquente sur ce qui fut un mouvement fondamental de l’histoire de l’art au XX° siècle, mais aussi donne un coup de sang plus ou moins brutal à nos esprits ravagés par cette même violence pourtant revendiquée, il y a un siècle. Loin de nous impressionner, (on en est plus là ! ), cette exposition permet au public postmoderne (et parmi eux peut-être quelques artistes) de réviser ses positions critiques et revendicatives, et de faire le point sur ce que la société nous impose aujourd’hui ; qu’il s’agisse des critères sur l’esthétique ou des lois de l’offre et de la demande en produits dits « artistiques » que l'on adore pneumatiser (il faut bien virtualiser l'œuvre pour la vendre avec pragmatisme !).

Qu’elles soient Futuristes ou Cubistes, les avant-gardes étaient avant tout des actes de résistance à des principes révolus et insupportables, des tentatives de réponse à des problèmes communs et en réaction contre un usage usurpé et conventionnel de l’art. L’acte de créer doit déjouer tout système de censure, bousculer les consciences et faire évoluer à l’élitisme chaque individu. Ainsi les expositions ne seraient plus les vitrines dépoussiérées (et ludiques) de riches collectionneurs mais un acte de revendication et de mémoire sur ce qui a déjà été osé et pose la question de ce qu’il faut dégommer, aujourd’hui. AG