Cet été, les Etats Généraux du film documentaire de Lussas ont fêté leur vingtième édition. De quoi s’agit-il ? C’est un festival qui propose le programme cinématographique riche en saveurs que l’on peut déguster toute une semaine. Les organisateurs veillent à la diversité formelle et thématique des documentaires présentés. Il y en a pour tous les goûts !

Pendant quatre jours que j’y ai passé, c’était la course folle entre les cinq salles de projection, la vidéothèque, la Maison du doc’ sans oublier Green et le Blue Bar. Les projections s’enchaînaient du neuf heure du matin jusqu’à tard dans la nuit. Le soleil, l’orage, le jour, la nuit peut importe pourvu que le film nous emporte. Georgi_Lazarevski_portrait.jpg J’ai eu l’expérience voyagiste surtout avec les films suivants : « Le Jardin de Jad » de Georgi Lazarevski (60min, 2007) et « La vie ailleurs » de Davis Teboul (64min, 2007). « Le Jardin de Jad » m’a emmené à l’Est de Jérusalem. La construction du mur de séparation se poursuit à quelques mètres d’un hospice pour vieillards. L’isolement est inévitable et la mort approche. Les visites des membres de famille se font rares. Le réalisateur a choisi de nous présenter quelques personnages au caractère bien appuyé : le papi intello, la mamie cartésienne, la toute petite dame recroquevillée sur ses chansons chrétiennes, une autre qui la dispute pour son chant incessant. Et Jad, le personnage indispensable dans l’hospice, un homme à tout faire. On ne sait pas si il est pensionnaire ou employé. Il ne parle pas, il est là. Il boit son café, mange son gâteau et aide aux femmes de passer au-dessus du mur qui a déjà envahi le jardin de l’hospice. Filmés en gros plan, ses yeux brillent et son nez occupe trois quarts du cadre. Nul besoin de parole grâce à son visage expressif. Le réalisateur a vécu avec ces gens pendant le tournage. Il y a été seul, puis accompagné d’un ingénieur du son. Malgré les difficultés financières, G.Laarevski a su enregistrer des images touchantes, sans pathos. La situation politique est omniprésente tout au long du film. Mais la forme cinématographique très subjective, n’alourdie à aucun moment les histoires de ces gens simples par le style « journaliste, rapporteur d’informations ». Ils vivent la dure réalité d’un pays en déchirement. Que voulez-vous faire ? Ils s’en accommodent, tant bien que mal, ils font avec ou plutôt sans : sans liberté de déplacement, sans voir leur enfants à leur gré, sans famille et sans la santé.

Le documentaire se déroule lentement non sans des nombreux moments drôles. Il n’y a pas de place pour l’ennuie. Ce que j’ai adoré dans ce film c’est que l’on rit malgré la situation tragique de Palestine. Les dialogues, les réactions et les gestes sont spontanés, ils n’ont pas été écrits pour faire rire et pourtant… Par exemple une vieille dame veut d’abord frapper une autre à cause de son chantonnement chrétien, mais fini par chanter avec elle des chansons populaires. Rire de son malheur propre est la force de surmonter les obstacles de la vie. Comme je l’ai déjà dit, le réalisateur a été très proche des gens filmés. Il en résulte des belles images lentes, filmées à une distance juste, du moins selon moi. Son œuvre est un bel exemple du documentaire d’auteur, une leçon d’un réalisateur dont la caméra obéit à son cœur ouvert.

Le film « La vie ailleurs » de David Teboul se passe en banlieue parisienne. Il nous laisse entrer dans certaines habitations, nous propose des histoires intimes dans cet espace symbole de standardisation. Une dizaine de personnages a été choisi parmi une trentaine filmés. Les témoignages sont entrecoupés par une voix off féminine qui raconte l’histoire d’un homme à la troisième personne. « Il » est un homme comme un autre. A vrai dire je ne me souvient plus vraiment de ce qui a été dit. J’ai retenu surtout les images, les plans de coupe entre les différents personnages : travelling lent dans des appartements délabrés, la tapisserie avec l’image de forêt tropicale (assez kitch d’ailleurs) qui part en fondu et l’on retrouve la vrai forêt. Des arbres se dressent devant nous tels les tours d’immeubles abritant des nombreuses vies. Le réalisateur interroge les gens : « Combien de temps vis-tu ici ? Comment es-tu arrivé ? Pourquoi ne pars-tu pas ? » Et bien d’autres questions, plus personnelles en fonction de la personne. Des hommes et des femmes parlent. David Teboul reste derrière la caméra. Les moments de « respirations », de silence s’imposent dans le flux des mots. Le spectateur s’immerge dans les tableaux qui se dressent devant ses yeux : une naine, un jeun homme rebelle ou encore une dame âgée ; filmés dans leur cuisine, salon ou à la fenêtre. La sincérité de ces gens est à la fois touchante et drôle, l’image posée, la caméra sur pied, le travelling lent… Après l’avoir vu, je me suis dit que j’aurais aimé faire un film pareil. Bien que je l’aurais terminé deux ou trois personnes avant que D.Teboul l’ait fait. Dteboul_photo_du_film.jpg Ces deux films ne sont qu’un mince exemple de tout ce que j’ai vécu à Lussas. Il y a des conférences, des rencontres… Il ne faut pas oublier la « Nuits de la radio » ! Je me suis retrouvée sur une terrasse d’un village au-dessus de Lussas. Un verre de bon rouge ardéchois à la main, le casque sur les oreilles, j’ai savouré les extraits des textes en admirant le panorama nocturne. Une pure expérience. Les gens s’assoient ou s’allongent dans leurs sacs de couchages, ils somnolent par endroits puis sont surpris et un peu déçus que la soirée soit finie. Un peu comme un enfant qui ne veut pas que sa mère arrête de lire son compte du soir.

Il y a aussi la vidéothèque où vous pouvez regarder tous les films que vous avez manqué et bien d’autres. « La Maison du doc’ », un centre de ressources sur le cinéma documentaire. L’ambiance décontractée vous permet d’aborder les réalisateurs devant la salle de projection ou à l’occasion d’un apéritif. C’est aussi le temps de chercher un producteur…

En un mot, je remercie Daniel Deshays pour m’avoir parlé de cet événement que j’ignorais. D’ailleurs, les vallées ardéchoises vaillent la peine de se déplacer, sans parler des spécialités locales. Vous trouverez toutes les information sur le programme, les films, les réalisateur, l’école du documentaire et autre sur :

www.lussasdoc.com

Liens utiles :

SCAM (Société Civile des Auteurs Multimédia) www.scam.fr

SACEM (Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de Musique) www.sacem.fr