A travers les modes muséales contemporaines il y a celle qui consiste à projeter sur les cimaises des salles obscures des musées des vidéo géantes comme autant d’installations cinématographiques. Ecrasé, rabaissé face à ces images, le spectateur est censé entrer en immersion dans les créations de l’artiste. Mais hélas ce n’est souvent que poudre aux yeux de « vidéastes » qui n’imaginent pas l’espace plus loins que leur DVD pour s’accaparer l’espace d’exposition. C’est de prime abord ce que l’on perçois de l’exposition de Eijà-Liisa Ahtila présentée au jeu Paume jusqu’au 30 mars 2008. Et puis lorsque Where is where (la premère œuvre de cette exposition rétrospective) nous saisi, lorsque sa narration et sa projection sur 6 écrans nous absorbe, le visiteur se retrouve au sein même d’une interactivité de tous les instants et de tous les espaces de la black box (camera obscura que Ahtila nous offre). Les écrans se répondent, le « in » et le « off » aussi. La fiction échange avec le documentaire, le présent et le passé s’imbriquent à n’en plus finir si bien que les temporalités de l’histoire et les espaces de sa narration deviennent des forment organiques au coeur desquelles notre présent voyage d’un monde à l’autre pour nous créer une seconde vie, celle de notre expérience à cette confrontation au monde d’Ahtila. ahtila10 ahtila7 ahtila11 Pourtant, cette magicienne des langages se fourvoie dans les langues, celle de sa fiction. Car même sous titré en anglais, Where is where qui met en scène une historienne nordique dans sa recherche sur la guerre d’Algérie, peut désorienter des puristes lorsque les algériens et les parachutistes français s’expriment uniformément en finnois. Mais est-ce que ça gène réellement ? ahtila6 Vous me direz l’artiste ne doit s’encombrer de ça ! Et je répondrais : soit ! Car la magie des images de Eijà-Liisa Ahtila et la pureté de son discours tant vidéographique (la vidéo sur la mort de son chien) que sculptural (les maisons en modèle réduit), et photographique qui relie tout ça, sont autant d’instants de sincérité et d’intimité qui nous sont offerts sans le moindre mensonge. L’artiste est là, sa vie est à l’origine de ses œuvres. Sa vie est son œuvre. Et cette histoire de finlandais universel cache pourtant une maladresse, celle d’un pays où tout le monde parle anglais et finnois et qui ne pense pas forcément à l’exotisme de l’exception culturelle française.