Lorsque François Pinault revient en France avec SA Collection c’est pour nous éduquer (FNAC oblige !) et nous vendre une certaine idée de l’art contemporain (merchandising quand tu nous tiens !) dont celui de sa collection (visionnaire ?) Passage du temps. Alors comme l’annonce la sculpture lumineuse de Tim Noble, Forever , on ne se change pas ! Et le super marché d’images que nous offre Pinault et Caroline Bourgeois, la commissaire de ce luna-park de la création contemporaine, est un labyrinthe d’images en mouvement, images fortes surlignées de questions métaphysiques… censées lier entre eux des artistes qui bien souvent n’ont rien à voir …si ce n’est leur mécène FP himself. Bilan : Passage du temps présente beaucoup d’Américains, peu de Français historiques, des pièces mythiques (Body press de Dan Graham), de la photo dont Cindy Sherman et Gilbert & Georges, de la mise en scène et des créateurs qui malheureusement se neutralisent entre eux.    Mais cette exposition touffue sur trois étages de l’immeuble du "tri postal", présente de vraies perles, dont les installations de Bill Viola et Gary Hill. Passage du temps est d’ailleurs à l’image de la pièce de Gary Hill. Comme Midnight Crossing, elle nous en met plein la vue. Et cet aveuglement nous fait croire à une réflexion sur l’image qui va ou vient de disparaître, mais sans nous apporter plus qu’un spectacle.  Mais écoutons Midnight Crossing : Dans l’obscurité la plus opaque, une image en mouvement naît de la nuit. Soudain, lorsque notre œil commence à percevoir l’écran,et le sens de cette apparition, le son surgit générant un vif éclairage qui efface toute velléité d’image pour ne laisser à voir que l’écran blanc et sa structure d’acier aveuglant. Puis la voix se tait. Et tout retombe dans la nuit d’où émerge lentement une nouvelle "non-image", jusqu’à ce que la voix revienne éclairer, le dispositif, effacer l’image, par un son qui violente un spectateur bercé par l’apparition naissante de l’image. En somme Passage du temps est aussi une non-image, un non-événement. Car si François Pinault ouvre au peuple Français un coin de sa collection mythique (elle a fait couler beaucoup d’encre autour de l’île Seguin), il est certain qu’un tel déchaînement de murs d’images ne peut avoir été acquis pour un usage personnel (qui peut exposer de telles images dans son intérieur ?). Et là, on en vient à se demander si la collection de François Pinault n’est pas plus qu’une simple collection ? Mais un rassemblement qui va bien plus loin dans la spéculation et la muséographie. Oui Passage du temps fait œuvre (à la place de qui ?) de mission culturelle à l’image de l’égocentrisme de notre self made man frenchi.  Seul bémol, cette exposition merveilleuse devrait être entièrement gratuite, (pour les pouvoirs publics comme pour les visiteurs). Car, suite à son faux-pas américain, François Pinault nous devait bien ce travail muséographique… un simple petit travail d’intérêt général pour celui qui a laissé les français payer à sa place. Du grand art pour notre "Doge de l’art contemporain" !

__PASSAGE DU TEMPS Jusqu’au 1 janvier 2008__