« Nous réalisons des expositions de société » clame la commissaire de la grande Halle de la Villette. En chantier depuis près d’un an la grande Halle ré ouvre ses portes avec une grande exposition fourre tout intitulée Bêtes et Hommes. Alors que plus de 16000 espèces sont en voie de disparition, et que la France (avec ses territoires d’Outremer) se retrouve au 4ième rang des pays les plus concernés. On se pose la question de la pertinence d’une telle exposition. B&H/séchas Bien sûr l’animalité est tendance, et la bestialité souvent d’actualité. Bien sûr, beaucoup d’artistes (des naturalistes aux conceptuels, de Buffon à Beuys) ont inclus l’animal dans leur œuvre. Et, bien sûr, sensibiliser le public sur nos rapports avec les autres formes de vies animales est toujours intéressant. Mais pourquoi avoir imaginé un tel Barnum ? Alors, on déambule, au gré des œuvres et des audiovisuels qu’on zappe impatients d’arriver vers l’animal qu’on sent roder. Et dans cette course, on rencontre des vraies perles : les expérimentations d’Art Orienté Objet (Marion Laval-Jeantet & Benoît Mangin), où l’homme, l’artiste, l’œuvre fait pour une fois véritablement face à l’animal. Anne Ferrer dont les carcasses cousues mains, font un « effet bœuf ». Alain Séchas, dont le chat sculpture s’élève comme un Totem. Rebecca Horn qui donne une seconde vie mécanique à un bouquet de plumes, etc, etc. Et il serait trop long de citer tous les créateurs contemporains de génie invoqués au dieu animal… B&H/ferrer B&H/Insercts Et puis, dans ce dédale de tipis post-modernes imaginés par le scénographe, l’architecte Patrick Bouchain lui-même, on arrive là où le plus de spectateurs tombent en arrêt. Car ce ne sont pas les œuvres d’art qui arrêtent ce public, qu’il soit spécialiste ou pas, c’est la vie. Et c’est devant la vie de ces bêtes, vrais invités en résidence sur cette exposition, que les visiteurs se repaissent d’émotions. Les Hommes font enfin, face aux Bêtes : à la joie des Loutres d’Europe dans leur bassin, à la sérénité des Vautours Fauves sur leurs poteaux, au flegme des Iguanes verts, à la joie du Mainate Religieux, au sautillement de L’Outarde Canepetière et au stress Hitchcockien des Corneilles Noires. Un face à face final, point d’orgue d’une exposition, qui soulage le grand public et déroute les pros de l’art contemporain blasés de culture, eux aussi scotché par cette vie animal qui « entre au musée » pour être enfin savourée jusqu’au 20 janvier 2008… avant de disparaître à jamais ! belle preuve de la bêtise des hommes.