Inland Empire est une traversée. On s’y laisse à la fois flotter et transpercer, à l’image des acteurs, ceux du film dans leur rôle ; pris au jeu de leur projection. C’est un film sur un film, avec des acteurs qui jouent les acteurs. Comme souvent chez Lynch on les voit prendre un chemin, puis rebrousser chemin, pour se trouver autre part, inutile d’ailleurs d’être un spectateur qui joue les spectateurs pour trouver son chemin. Car un spectateur est assis dans son siège et le dernier film de lynch est une traversée. Un trajet d’une extrémité à l’autre de la salle de projection. Et une traversée cela s’éprouve, ici personne pour vous porter il va falloir marcher, même dans le noir, jusqu’à la scène. De la scène vous apercevrez une lumière, celle du projectionniste, qui justement à la vue de votre position, projettera votre ombre. Continuez alors vers lui, vous vous rapprochez de la pellicule et faites grandir votre ombre. Une fois le nez sur la vitre, retournez vous, votre ombre masque quasiment tout l’écran. Retournez vous une seconde fois, l’image est projetée sur votre ventre. Re-bienvenue chez lynch, tant est si bien qu’on puisse y avoir été une seule fois.