Jean Pierre Potiers, Au-delà du Noir Musée Sainte Croix de Poitiers, 86000, jusqu’au 29 Août 2010.
En ces temps de transhumance estivale, lorsque la France défile sous vos yeux il est indispensable de s’arrêter face aux grandes images que Jean Pierre Potier expose jusqu’à fin Août à Poitiers. Sur les chemins de cette France Tranquille d’où « la Force » du même nom explosa en 1981 avec son village dont le clocher restait le maître incontesté des campagnes, un nouveau PAP (Paysage Architectural Paysan) est fleurit aujourd’hui sur nos routes automobiles et ferroviaires hexagonales. Un paysage rythmé au grè de majestueuses et muettes silhouettes qui accompagnent nos voyages : les Silos.

Car, ce ne sont pas les éoliennes que Jean Pierre Potier peint avec obstination. Mais les bâtiments industriels qui hantent nos paysages campagnards, telle la maison sur la colline du Psychose d’Alfred Hitchcock (inspiré d’Edward Hopper) ou les granges inquiétantes de La Mort Aux Trousses. Qu’ils soient Usines, Entrepôts, Coopératives, ou simples Bâtiments agricoles, ces « Silos » veillent sur notre route et Jean Pierre Potier les croque dans les paysages lunaires d’un monde qui semble n’appartenir qu’à eux. En effet, les dessins grands formats presque carrés 1,5X2m, de ces architectures de béton et d’acier, réalisés au fusain sur Drop Paper (papier contemporain en fibres synthétiques) sont isolés de leur contexte paysager tant est si bien qu’ils en deviennent eux même le paysage au gré du trait de Jean Pierre Potier.

Cet artiste nantais, qui vit et travaille à Poitiers, est présent sur la scène internationale et nationale à travers différentes institutions et collections renommées. Jean Pierre Potier revient aujourd’hui avec Au-Dela du Noir, une série figurative propre à relancer le paysage français contemporain.

Depuis longtemps
l’avenue du président Wilson présente deux lieux d’art institutionnel qui
s’ignorent magistralement. Les numéros 11 et 13 sont à la fois le même ensemble
architecturale (construit pour l’exposition universelle de 1937) dont les deux
ailes présentent : au 11, le vénérable Musée d’Art Moderne de la Ville de
Paris (créé en 1961), et au 13, le jeune et bouillonnant Palais de Tokyo (créé
en 1999). Mais il fallait compter avec le dynamisme volontaire de leurs deux
directeurs, respectivement Fabrice Hergott et Marc-Olivier Wahler, pour donner
corps à un projet commun appelé Dynasty. 

Bien sur nous ne citerons pas toutes ces œuvres à voir
et déguster longuement mais arrêtons nous sur des sculpteurs et des peintres
qui, entres autres, marquent cette Dynasty.


L'oeuvre permanente sur la Jeune fille de
Bordeaux montée par Christian Boltanski au CAPC (musée d'art contemporain
de la ville de Bordeaux) regroupe une collection d'objets ayant appartenu à une
jeune inconnue habitante de la capitale de la Gironde. Ici, ce qui frappe
d’abord est l'attention accordée à chacun de ces objets sur presque 17 années
(de 1973 à 1990). En effet cette multitude d'objets et bidules, qui vont du
simple courrier, en passant par les stylos et autres livres et revues, nous
impressionne autant par la cohérence et l'obstination avec laquelle ils ont été
réunis que par leurs imposantes quantités.

‘‘Surprenante’’,
je pense que c’est le mot qui pourrait le mieux qualifier l’exposition de
Takeshi Kitano qui se tient à la Fondation Cartier. Une exposition à la fois
dédiée aux enfants et aux adultes et qui montre le monde de Beat
Takeshi par l’intermédiaire d’une installation qui prend à contre-pied
tous les principes. En effet on le découvre en tant que plasticien avec une
oeuvre comique que ce soit dans la création de machines à faire du
« Pollock » ou bien dans des démonstrations absurdes par exemple sur
la raisons de l’extinction des dinosaures. Et à tout cela il ajoute un regard
ludique, décontracté et accessible. 






Car Charley (de son vrai
prénom Annie Caroline surnommée Charlie puis Charley) fille de l’un des pères
de l’art moderne néerlandais Jan Toorop (c’est dur d’avoir comme frère tout
l’art moderne hollandais), fut aussi la meilleur élève de son père. Symboliste
puis néo-impressionniste Jan Toorlop ouvrit la voie au Luminisme et sa fille
sur ses traces exposa avec les meilleurs dont Piet Mondrian, Jan Sluyters et
Léo Gestel (quels merveilleux parrains). 

Femme de tête, femme
libérée, amie du sculpteur Ossip Zadkin, de Fernand Léger et du cinéaste Joris
Ivens, Charley fût toujours entourée de plein de gens, créateurs, anarchistes,
intellectuels, critiques d’arts, collectionneurs, écrivains, poètes et sa
peinture portée part ces courants de pensée. Une peinture généreuse qui empile
les modèles dans son cadre pictural toujours trop petit. Une peinture dure et
froide par laquelle toute la raideur nordique de la nouvelle objectivité se
retrouve… stricte et travailleuse. Une peinture exigence, acharnée dans ses
recherches autours d’autoportraits sans cesse renouvelés.
Première exposition
à Paris depuis 25 ans et devant sa peinture, ses autoportraits à nu, ses
grandes toiles pour la bourgeoisie et la matière vivante de ses corps, on pense
à Rembrandt, Saudek, Dubuffet, Witkin et, bien sur, son grand ami Francis
Bacon. Une impression de confraternité avec ces écorchés vifs qui va et vient
tout au long de cette exposition unique, où les paysages urbains réalistes puis
des végétaux grouillant laissent place à la peinture du maitre : les nus.
Les femmes sont rondes et puissantes, les compositions ardues, les portraits
songeurs, la peinture organique. Lucian se met à nu encore et encore…


J’aime
l’autorité du noir, sa gravité, son évidence, sa radicalité. Son puissant
pouvoir de contraste donne une présence intense à toutes les couleurs lorsqu’il
illumine les plus obscures, il leur confère une grandeur sombre. Le noir a des
possibilités insoupçonnées et, attentif à ce que j’ignore, je vais à leur
rencontre. Cette profession de foi de Pierre Soulages au noir, est
peut-être plus que tout autre image ce qui ressort de cette rétrospective.
Image d'une peinture qui a totalement écrasé son créateur en même temps qu'elle
le portait sous les feux de l'actualité. Car regarder "un Soulages" est aussi
profond qu'un trou noir, ça absorbe tout de nous… c'est voir toutes les
lumières de la création face à notre fatuité humaine et en même nier qu'un
homme ai pu approcher un tel art d'absolu.

Il y a longtemps que nous attendions de voir
les Plaid Houses grandeur nature de Laure Tixier… depuis que le Mudam
du Luxembourg et le Musée du Feutre décidèrent de s’associer pour produire et
exposer ces créations qui n’existaient qu’à l’état de maquettes. Ce travail, à
la fois conceptuel et sculptural, présente une réflexion créative sur les
matériaux comme sur une certaine sociologiques de l’habitat (histoire, usages
et mythologies) à travers des dessins et un livre (My Cities/Frac Bourgogne).
La réflexion de cette artiste trentenaire surfe sur les utopies artistiques,
sociétales et architecturales de certaines écoles (Bauhaus), "mais aussi sur
les fictions architecturales que les enfants se fabriquent avec leur
couvertures". Avec pour résultat, un répertoire d'architectures originales dont
la matière (en feutre) et les échelles (inhumaines) nous plonge dans un
« Gullivérisme ». Voyage dans un jardin extraordinaire où nos rêves
d’enfants rencontrent l’imagination débridée de l’artiste, où l’objet prends
vie.
En
effet, Laure Tixier injecte dans ses sculptures en feutre des détails qui
renvoient face à face Calvino et Escher, Piranèse et Absalon, Joseph Beuys et
Claude Parent pour se créer un monde à part de maisons molles, d’habitats
vivants, de structures en mouvement. Mais si ces sculptures
« habitables » et « jouable » par notre imagination,
flirtent entre le monumental et la maison de poupées, entre la
sculpture et l’objet architectural, ces Plaid Houses sont les fruits
d’une aventure entrepris par l’artiste il y a plusieurs années. Retour sur
image…
De la même génération que ses prédécesseurs, Boltanski
remporte ici une gageure d’importance pour un artiste qui travaille sur
l’intime, le souvenir et la disparition… « habiter » avec brio les
13000 m2 de verre et d’acier du Grand Palais. Pour relever ce défit, Christian
Boltanski nous propose plus qu’une mise en scène, mais une véritable réflexion
en 4 temps de cet espace monumental construit au cœur de Paris au début du
siècle dernier. Au départ, l’artiste bouche l’entrée visuelle de l’espace
d’exposition Personnes au visiteur. Un mur de classeurs métalliques
oxydés efface la perspective du Grand Palais. Puis, il nous accroche l’œil par
une sculpture monumentale « vivante » composée d’une grue et d’un tas
de vêtements abandonnées. Le grappin acéré de cette grue pioche aléatoirement
dans ces vêtements qu’il tire en haut des 45 mètres de la verrière, puis qu’il
laisse planer dans les airs. Le troisième moment de Personnes est un
jardin du souvenir dont on peut parcourir les allées. Stalag virtuel composé de
carrés de vêtements.
Mais, est-ce une
coïncidence, lors que l’on commémore les 65 ans de la libération des camps
nazis, de se retrouver dans ce parc de l’absence, dans ce jardin du souvenir
qu’est Personnes ? Ici planent les âmes des milliers de personnes
qui ont habités ces vêtements. Vêtements abandonnés qui sont la matière même du
travail de Boltanski. Ici et depuis toujours, il y a une absence, il n’y a
personne(s)… sinon qu'avec Personnes nous spectateurs vivons enfin ici
une impression absente depuis si longtemps : être réellement partie
prenante d’une œuvre d’art.





Confrontant les
nouvelles technologies contemporaines à l’architecture de ce lieu de réclusion
et de prières, dans un titre provocateur : Unions Mixtes, mariages
libres et noces Barbares, ORLAN la scandaleuse stéphanoise renait à
Maubuisson dans la peau et sous les plis d’une surprenante et incontournable
sculpteur (trice) contemporaine. ITW